Abbaye de Lérins : des vins monastiques et insulaires

Abbaye de Lérins : des vins monastiques et insulaires

Installés sur l’île Saint Honorat depuis 16 siècles, dans la baie de Cannes, les moines de l’Abbaye de Lérins mènent une vie communautaire centrée autour de la religion, mais également du travail de la vigne. Un vignoble séculaire de 8,5 hectares à nul autre pareil où se mêlent savoir-faire ancestral et micro-terroirs d’exception.

Les moines et le vin français, une tradition séculaire

La production de vin et les coutumes monastiques sont intrinsèquement liées depuis bien longtemps. Nous pouvons ainsi citer l’impact des moines cisterciens sur la viticulture française. D’abord investis de cette mission pour obtenir le vin utilisé lors de la messe, ils ont développé cette activité avec brio. Ce sont eux qui ont su faire évoluer ce secteur au cours du Moyen-Age, en Bourgogne notamment. Au fil des années, ils ont sélectionné avec soin les meilleurs terroirs et sont à l’origine des fameux climats que l’on connaît aujourd’hui. Plus au nord, en Champagne, c’est le monastère d’Hautvilliers, près d’Épernay, qui a marqué l’histoire des célèbres effervescents. En effet, il compta en ses rangs un nom qui vous est certainement familier : Dom Pérignon (lisez notre article Dom Pérignon, l’inventeur du Champagne ?. Et des anecdotes comme celles-ci, notre pays en a encore beaucoup. Moines bénédictins, cisterciens, ou encore chartreux, tous ont contribué à l’essor de la Loire, de la Vallée du Rhône, et même de Bordeaux, où résidait un certain Émilion dans la région de Libourne.

Un terroir insulaire exceptionnel

Ce n’est donc pas un hasard si des communautés de ce type existent encore à l’heure actuelle. Sur l’île Saint Honorat, cela dure depuis l’an 405. Les 21 moines cisterciens qui y vivent dédient leur quotidien à la doctrine ora e labora, soit prie et travaille. Si la viticulture a toujours fait partie intégrante de l’abbaye, elle n’a été professionnalisée qu’à partir des années 90. Et bien leur en a fait, tant il aurait été dommage de ne pas exploiter ce terroir unique.

Les eaux turquoise de la Méditerranée entourent cet écrin de calme et de végétation. Difficile de rester de marbre face à ce superbe panorama qui constitue aussi un environnement idéal pour la conduite de la vigne. Elle bénéficie ici d’un ensoleillement remarquable et d’une influence maritime qui garantissent son état sanitaire tout en lui offrant une éclatante typicité. Quant aux sols, ils sont composés de roches sédimentaires. Ils font la part belle aux calcaires et aux dolomites, une roche marine riche en magnésium. En surface, c’est un limon argileux rouge qui domine. Des qualités géologiques qui assurent à la plante son approvisionnement en eau. Comme tout territoire insulaire, on retrouve ici un écosystème particulier. C’est donc logiquement que ces viticulteurs d’un autre genre ont décidé de le préserver. Les herbicides sont proscrits, le travail du sol est effectué mécaniquement, à l’instar du maintien de l’enherbement naturel, et les raisins sont vendangés à la main.

Des cuvées… divines ?

Les cépages typiques du sud de l’hexagone y rencontrent des variétés internationales qui ont réussi à s’exporter à travers le monde. En rouge, ce sont la Syrah, le Mourvèdre et le Pinot Noir qui s’imposent. Tandis qu’en blanc, le Chardonnay côtoie la Clairette et le Viognier. Enfin, des vinifications parcellaires sont mises en place pour tirer le meilleur de chaque micro-terroir.

En découlent des cuvées singulières qui rendent chacune hommage à un Saint :
- Saint Pierre, un affrontement nord-sud entre Clairette et Chardonnay qui associe explosion aromatique, tension, minéralité et pointe iodée en fin de bouche.
- Saint Eucher, une vision fraîche du Pinot Noir entre tanins soyeux et fruit charnu.
- Saint Lambert, toute la gourmandise, l’opulence et la générosité du Mourvèdre.
- Saint Césaire, où le Chardonnay se fait charmeur et intense.
- Saint Honorat, sa Syrah suave et persistante.
- Saint Sauveur, Syrah encore, mais issue de vieilles vignes cette fois. Puissance, vivacité et longueur au rendez-vous.
- Sainte Ombeline, un Chardonnay ciselé, profond et harmonieux. A déguster avec une ferveur religieuse.

Publié , par Marie Lallemand