AOP Saint-Joseph : la perle granitique du Rhône septentrional

AOP Saint-Joseph : la perle granitique du Rhône septentrional

94%. Voici le taux de notoriété de Saint-Joseph, reconnue en AOC en 1956, sur le territoire français. Sa réputation s’étend en cercles concentriques depuis la Gaule, affichant l’honorable score de 70% de notoriété outre-Atlantique, aux Etats-Unis. Avant d’en arriver là, Saint-Joseph a savamment et patiemment remonté la pente, gagnant sa noble notoriété au fil des ans, à force de travail exigeant. Pour autant, si Saint-Joseph est réputée pour ses vins rouges, sa production de vins blancs reste encore méconnue et relativement confidentielle. Plongez dans l’intimité de cette appellation pour mieux la connaître et la déguster !

Une géographie atypique

Ce qui caractérise l’appellation, c’est sa forme tout en longueur, s’étalant sur presque 60 kilomètres du nord au sud. Elle traverse deux départements, la Loire et l’Ardèche, avec la Côte-Rôtie au nord et Cornas / Saint-Péray au sud, et face à ses non moins célèbres voisines du département de la Drôme : Hermitage et Crozes-Hermitage.
Les 26 communes situées sur son aire d’appellation s’enchaînent comme une guirlande, lovées entre les méandres du Rhône et les collines préfigurant le Massif Central.
Ce qui fait la réputation de ce vignoble en forte pente sont ses terrasses, formant un collier de pierres au milieu des rangs de vignes, visibles depuis la vallée du Rhône.

Une histoire géologique très riche

Le géologue Gilbert Cochet, professeur à l’Université du vin de Suze-la-Rousse et conférencier, raconte Saint-Joseph avec autant de passion que de précision, et a le don de la remettre en perspective, lui donnant une histoire aussi vertigineuse que ses coteaux.
Gilbert est formel : sur ces terres se retrouvent les quatre ères géologiques, ce qui est aussi exceptionnel qu’unique en Europe et même dans le monde.
Granit, calcaire, schistes, galets, alluvions, loess, se répartissent l’ensemble de l’aire d’appellation, sur des pentes parfois abruptes pouvant atteindre 45% : de quoi se muscler les cuisses lors des vendanges et rendre le travail des vignerons aussi sportif que compliqué au quotidien !

Magnifique Syrah

La syrah est un peu comme un cépage star : tout le monde la connaît, et sait, ou croit savoir, à quoi elle ressemble.
Mais comme tous les autres cépages, elle a ses préférences de terroir, et sa façon de s’exprimer en fonction de celui sur lequel elle s’épanouit.
Si elle est réputée pour sa puissance, sa capacité de concentration et ses arômes de fruits noirs, d’épices, elle est aussi capable de finesse, d’élégance et d’une certaine fraîcheur.

Les sols principalement granitiques (notamment les granit du cœur de l’appellation, autour de Tournon), schisteux et calcaires de l’appellation subliment ses qualités, twistant ses arômes d’une pointe épicée-poivrée et d’une touche de violette, comme un écho à la première dénomination des vins de Saint-Joseph, soit le vin de Mauves, du nom de la commune ardéchoise située dans la partie sud de l’appellation qui en fut son berceau (avant d’être renommée Saint-Joseph par les Jésuites au 17ème siècle, du nom de leur monastère). Sans compter que le vignoble, majoritairement orienté à l’est, connaît un ensoleillement moindre que ses voisines lors de la période de maturation, pouvant aller jusqu’à deux heures par jour.
Le cahier des charges de l’appellation autorise les vigneron(ne)s à ajouter 10% de marsanne ou de Roussanne, afin d’en tempérer la puissance, comme en Côte-Rôtie ou le viognier peut venir l’adoucir dans les mêmes proportions.

Envoûtantes Marsanne et Roussanne

Auparavant inférieure à 10% de la production totale de l’appellation, la vinification de blancs atteint aujourd’hui les 13%.
Même encépagement que les Hermitage blancs, et des cuvées susceptibles de satisfaire les amoureux de ces appellations, dans lesquelles la marsanne en majorité offrent des blancs aux notes fleuries et fruitées (acacia, miel, abricot…), sur une structure équilibrée et ronde, dont le profil final dépendra évidemment de l’assemblage et de l’élevage. On retrouve parfois des arômes truffés qui font la signature des grands vins blancs du Rhône nord.

Des accords multiples

Les blancs de Saint-Joseph feront un mariage particulièrement savoureux avec les poissons en sauce, ou encore sur les viandes blanches et les plats complets tels que les risottos. Brochet à la crème, risotto alla primavera ou truffé, blanquette de veau, et même la cuisine asiatique qui verra ses arômes épicés contrebalancés par la rondeur du vin et l’expression aromatique, feront des partenaires idéaux.

Côté rouge, les Lyonnais vous diraient qu’ils accompagneront toutes les cochonnailles lyonnaises, même si parfois le débat fait rage au sein des Bouchons entre Saint-Joseph et Beaujolais, les deux références culturelles de la ville. Si l’andouillette ne vous fait pas "triper", les viandes rouges simplement cuisinées ou alors marinées, ainsi que les gibiers à plumes seront parfaits.

Bon appétit !

Publié , par Pauline Gonnet