Beaumes-de-Venise : une appellation en rouge et or

Beaumes-de-Venise : une appellation en rouge et or

Proche d’Avignon et de son palais des Papes, l’appellation Beaumes-de-Venise en a conservé les couleurs de la noblesse ecclésiastique.
Encore trop associée au vin doux naturel, le célèbre Muscat de Beaumes-de-Venise, tout d’or vêtu, cette appellation a bien d’autres histoires à raconter, notamment au travers de ses vins rouges.
Découvrez cette appellation aux deux visages : les Muscats de Beaumes-de-Venise d’une part et les Beaumes-de-Venise d’autre part.

Venise la sérénissime ou Venise la provençale ?

L’Italie n’a rien à voir avec la dénomination de l’appellation comme de sa commune phare, il s’agit juste d’une évolution linguistique conjuguées des balmes d’une part, évoquant les grottes construites sous le village et dans la roche de la colline, et d’une évolution du nom du comté, soit le Comtat Venaissin d’autre part, provenant probablement lui-même du comitatus avecinnus, le comtat avignonnais. Il s’agit donc bien Venise la provençale, arrière-arrière petite-fille linguistique d’Avignon.

Une histoire classique

Et précoce.
Les premiers à implanter de la vigne sembleraient cette fois n’être point les Romains, mais les Grecs, en 600 avant Jésus-Christ, ça change un peu.
L’inévitable Pline l’Ancien, qui a mis son art de la poésie au service du vin de nombreuses provinces gauloises (à moins que ce ne soit l’inverse), déclarait que le vin produit depuis longtemps (à son époque) à Beaumes-de-Venise, était d’une qualité remarquable, et avait délicatement baptisé les cuvées issues de muscat petit grain le vin des abeilles, inscrivant dans une étonnante pérennité les caractéristiques organoleptiques du muscat.
L’histoire viticole se déroula ensuite classiquement, pour aboutir à la crise du phylloxera qui n’épargna pas la région, avant de se reconstruire et redémarrer vers la fin du 19ème siècle.

L’appellation aujourd’hui

Reconnue AOP depuis 1937, l’appellation a vu chacun de ses visages être consacré au prestigieux titre du cru des Côtes-du-Rhône.
Le privilège de l’antériorité s’appliqua naturellement au Muscat de Beaumes-de-Venise, reconnue cru en 1943, puis à l’appellation Beaumes-de-Venise en 2005 pour ses vins rouges.
Aujourd’hui, l’appellation a ajouté à son objectif de respect de la qualité des vins, celui de respect de l’environnement, avec l’obligation pour l’ensemble du vignoble de mener à minima sa culture en lutte raisonnée et une préservation de la ressource en eau.
Outre cette double-identité, elle a de nombreuses autres caractéristiques. D’abord sa localisation sur les contreforts du massif des dentelles de Montmirail, visibles depuis la vallée du Rhône et si reconnaissables.

Elle recouvre une certaine pluralité de terroirs, son cru ayant chacun les siens, bien que partageant des points communs.
Le village de Beaumes-de-Venise compte de superbes terroirs en altitude, avec une prédominance d’argilo-calcaire marneux.
Quant à la culture de certaines parcelles, elle est à l’image d’autres appellations de la vallée du Rhône et expose de superbes terrasses, permettant de capter le maximum d’ensoleillement tout en favorisant le drainage des sols.

En rouge

Forte de cette longue histoire viticole et de sa réputation, l’appellation, voisine de Rasteau, reprend quelques critères permettant de préserver la qualité des vins produits et donc de poursuivre sa longévité, comme par exemple des vendanges exclusivement manuelles, ou encore des rendements limités à 38 hL/ha.

115 producteurs et 21 négociants élaborent les vins rouges de l’appellation. Le grenache noir doit composer au moins 50% de la cuvée, laissant la place à au moins 25% de syrah, puis à la counoise, au carignan, voire jusqu’à 10% de blanc.
Bien qu’assemblés, l’effet millésime va jouer sur les vins. Toutefois, l’altitude et la richesse des terroirs permet de conférer une certaine fraîcheur aux cuvées de rouge, dénotant très souvent des notes épicées, de caillou séché au soleil, de pruneau, de fruits noirs et pour certaines des notes d’eucalyptus et quelques notes florales.

Et or

Là, point d’assemblage évidemment, seul le muscat petits grains a droit de cité, cultivé et vinifié par 90 producteurs et 14 négociants.
Les étapes de production sont codifiées afin de préserver l’identité du vin doux naturel, cultivé sur les 500 hectares limités à 30 hl/ha.
La fermentation est arrêtée par l’addition d’alcool, comme pour tout vin doux naturel, en revanche Beaumes-de-Venise se distingue par sa fraîcheur et sa délicatesse, en partie dues à la limitation des sucres résiduels à 110 gr/l.
L’équilibre suavité / acidité est particulièrement appréciable, et leur confère un potentiel de garde évident, avec un panel d’évolution aromatique très étendu. Pêches et brugnons juteux, fruits exotiques, miel, chèvrefeuille… : la complexité aromatique signe les Muscats Beaumes-de-Venise, qu’il est urgent de redécouvrir.

NB : Domaines dégustés : Domaine de Fenouillet, domaine des Bernardins, domaine de Durban, Rhonéa cuvée Bois Doré 2006
Appellation Beaumes-de-Venise : Rhonéa Dom Venitia, Domaine Xavier Vigon, Domaine La Ligière Les Garennes, Domaine Pierre Rougon Extrait de Trias

Crédit photos : Thomas O'brien

Plus d'informations sur Beaumes-de-Venise ici.

Publié , par Pauline Gonnet