Cépages méconnus : L’Abouriou

Cépages méconnus : L’Abouriou

Originaire du sud-ouest de la France, comme son nom le laisse deviner, l’Abouriou était populaire au début du XXe siècle avant de tomber en désuétude. Ce cépage désormais mal aimé ne représente plus que 300 hectares au total. Pourtant, il possède de nombreuses qualités à la vigne comme dans le verre.

Du Sud-Ouest à la Loire

Si on l’a confondu longtemps avec le Négret de la Canourgue, il est en réalité apparenté à la Magdeleine noire de Charentes. Il viendrait du Lot-et-Garonne, région dans laquelle on en trouve des traces dès le XIXe siècle. Cependant, de nombreux débats ont fait rage autour de son lieu de naissance. Il fût ainsi baptisé Pressac de Bourgogne, ou encore Gamay du Rhône.

L’Abouriou est toutefois anecdotique dans le sud-ouest à l’heure actuelle, mis à part chez une poignée d’irréductibles viticulteurs marmandais où il se mêle aux variétés bordelaises. Sa nouvelle terre de prédilection se trouve en Loire-Atlantique. Il y a été amené pour enrichir l’encépagement rouge et s’est adapté à merveille à cet environnement. De manière plus discrète, on peut le rencontrer dans d’autres vignobles français tels que le Rhône, Cognac, la Provence, la Corse, le Languedoc-Roussillon ou l’Armagnac. Et le réchauffement climatique pourrait lui permettre de gagner du terrain, lui qui est avide de soleil et ne craint pas la chaleur.

Un cépage précoce

Lorsque l’on se balade dans le vignoble, on le reconnaît à sa peau épaisse d’un beau noir bleuté. Précoce est le premier terme employé pour définir cette variété. Son nom vient d’ailleurs de l’occitan aboriu signifiant précoce. Résistant au gel et peu exigeant quant au sol sur lequel il peut se développer, on le qualifie aussi de robuste. Autre particularité, il n’est pas très sensible aux maladies cryptogamiques, notamment la pourriture grise. Des qualités qui expliquent son succès lointain et le fait qu’il ait été croisé avec la Tinta da Madeira pour donner le cépage Égiodola.

Des vins authentiques

Une fois vinifié, l’Abouriou donne des vins très colorés, charpentés et tanniques. Ils ne sont pas criants d’acidité mais distillent des notes mentholées et des touches de vanille. Ils jouent majoritairement sur le registre des fruits rouges avec des arômes de mûre, cassis, fraise et framboise. Ces vins ont la réputation d’être agréables à boire dans leur jeunesse grâce à la pulpe acidulée et bien juteuse de l’Abouriou. S’il apporte typicité et authenticité lorsqu’il est assemblé, il reste peu fréquent en monocépage.

Mais rares sont les viticulteurs qui lui rendent hommage. On peut tout de même citer Elian da Ros, ce marmandais qui fait la part belle au terroir et à la nature. Au sein de la bien nommée cuvée Abouriou, il associe le cépage oublié à 10% de Merlot. Afin d’en préserver toutes les caractéristiques, il utilise une macération semi-carbonique. Le résultat est joliment fruité, relevé de délicieuses épices et surprend par la souplesse de sa trame tannique. Une magnifique expression de l’Abouriou.