Cépages méconnus : la Carménère

Cépages méconnus : la Carménère

D’origine bordelaise, région où elle était d’ailleurs autrefois très présente, la Carménère a peu à peu disparu de la composition des vins locaux. Celle que l’on appelle aussi Grande Verdure a énormément souffert des ravages du phylloxéra, comme tant d’autres avec elle. C’est en effet le terrible puceron ravageur qui a causé sa perte… ou presque.

Un exil réussi

À la suite de la crise, alors que le vignoble est restructuré, on lui préfère des cépages aux rendements plus élevés. Abandonnée sur ses terres natales, elle trouve refuge de l’autre côté du globe, au Chili. Mais c’est uniquement à partir de 1991 que cette renaissance a pu être constatée. Cette année-là, l’œnologue français Claude Valat remarque des vignes différentes au sein d’une parcelle de Merlot : les baies sont plus grosses et les feuilles ont une couleur qui leur est propre. Il faudra ensuite attendre encore quelques années pour que l’ampélographe Jean-Michel Boursiquot identifie ce croisement entre le Cabernet Franc et le Gros Cabernet, une variété ancienne du Médoc. Les explications divergent mais il est très probable que la Carménère ait été exportée au XVIIIe siècle parce qu’elle avait été confondue avec des ceps de Merlot, d’où sa conduite au milieu d’une même parcelle.

Aujourd’hui, elle est devenue l’un des cépages rois du Chili avec plus de 10 000 hectares plantés. Elle a même obtenu une reconnaissance suprême en étant désignée variété officielle des vins rouges du pays. La Carménère a donc opéré un voyage comparable à celui du Malbec, emblématique des vignobles de Cahors mais aussi d’Argentine. On peut également la rencontrer en Italie, en Californie, ou, plus récemment, en Chine. Dernier signe de ce second souffle, elle opère ces derniers temps un retour discret mais efficace à Bordeaux.

Dans le verre

Utilisée en monocépage, la Carménère se distingue par sa couleur d’une profondeur incroyable allant du violet au noir. Au nez, on découvre des notes intenses de fruits rouges et noirs. La myrtille se révèle, accompagnée de touches mentholées et d’arômes de sous-bois ou encore de poivre noir. Cette variété est aussi reconnaissable à son caractère herbacé, notamment dans les vins jeunes. Elle doit donc être récoltée à maturité pour rester agréable. Elle délivrera alors des crus charnus, généreux et ronds aux tanins soyeux.

On la rencontre souvent assemblée à ses comparses bordelais. C’est elle qui apporte densité, structure et capacité de vieillissement au résultat final.

Et on la boit avec…

Cette créatrice de vins rouges racés est idéale servie aux côtés des viandes rouges. Grâce à son caractère assumé, elle sait s’opposer aux saveurs puissantes du gibier pour les sublimer. Enfin, lorsqu’elle est assemblée, elle sera l’alliée de vos grillades gourmandes !