Connaissez-vous les vins du Sud Ardèche ?

Connaissez-vous les vins du Sud Ardèche ?

Pour le commun des mortels, l’Ardèche c’est avant tout une destination de vacances, un territoire naturel, authentique et sauvage qui regorge (tu l’as ?) de cavités souterraines et de curiosités géologiques. Mais c’est aussi un riche terroir agricole où le vin a pris une place prépondérante, notamment dans le sud où la diversité géologique permet de proposer des identités multiples sous une même bannière.
Toutlevin a passé deux jours au pays de la châtaigne à la rencontre de vignerons audacieux et de coopérateurs ambitieux.

Sur les hauteurs de la commune de Vernon, le regard se pose soudain sur une vigne d’un autre temps. Un vieil homme bêche à la main une parcelle de 25 ares située sur des terrasses de grès retenues par des murets typiques de la viticulture cévenole, des faysses. Les bois sont massifs, majestueux, interminablement alambiqués.
En s’approchant des rangs, le poids des ans est encore plus flagrant. Ce n’est pas une vigne comme les autres, glisse Cyril Jacquin, vigneron coopérateur et président de l’association 2000 vins d’Ardèche, qui promeut et développe la notoriété des vins du sud de la région (IGP Ardèche, AOP Côtes du Rhône, AOP Côtes du Rhône Villages Saint-Andéol et AOP Côtes du Vivarais). Il s’agit de la plus ancienne parcelle de Chatus, plantée en 1883 ! Un trésor patrimonial de 140 ans qui fait la fierté locale. Cité par Olivier de Serres, ardéchois et précurseur de la viticulture moderne, dès 1599 dans son ouvrage Théâtre d’agriculture et Mesnage des champs, le Chatus dominait l’encépagement de la région au 19èle siècle. Avant, lorsqu’on voulait faire du bon vin, on mettait du chatus dans la cuve, l’expression ancestrale est revenue au goût du jour grâce à quelques familles locales qui réussirent à sauvegarder des plants au lendemain du phylloxéra.
En 2000, un Syndicat des producteurs de Chatus en Cévennes ardéchoises a même été créé avec charte de qualité et cahier des charges à la clé. Aujourd’hui, il y a environ une cinquantaine d’hectares plantés sur les terrasses du Piémont cévenol et 6 caves produisent des cuvées issues de ce cépage en monocépage ou en assemblage, poursuit celui qui est également président de la cave coopérative de Saint-Remèze.

Une reconversion variétale dans les années 70-80

Parmi elles, la cave de Lablachère, poumon économique local créé en 1928, a parié sur ce cépage rouge tardif qui délivre un vin de garde typé sur les fruits confits, les pruneaux et la cannelle. Cela fait partie de notre patrimoine et de notre fierté d’Ardéchois que de valoriser nos cépages autochtones, confie Cédric Latourre, le responsable des ventes. On axe beaucoup la communication là-dessus. Ici, on est en IGP Ardèche et notre force, c’est notre liberté de planter, de créer, de valoriser. Dernièrement, un coopérateur a voulu mettre du gewurztraminer et on en a fait une cuvée car le résultat était très satisfaisant.

La fameuse parcelle de Chatus plantée en 1883 ! - Crédit : Yoann Palej
La fameuse parcelle de Chatus plantée en 1883 ! - Crédit : Yoann Palej

Dans les années 70-80, l’Ardèche a opéré une reconversion variétale majeure grâce à des aides communautaires et des schémas de restructuration collectifs, en laissant de côté les hybrides. C’est à ce moment-là que la syrah a été introduite via un partenariat avec des vignerons de Saint-Joseph et de Cornas, ajoute Marc Dejoux, président de l’IGP Ardèche (90% de la production du Sud Ardèche).
Le grenache et le cinsault furent importés ensuite, en s’inspirant des cépages de la vallée du Rhône.
Depuis, la liste s’est allongée car la richesse des climats et des sols le permet. Des calcaires blancs des terrasses du Piémont cévenol au basalte du massif du Coiron, en passant par le Karst des vignes au-dessus de l’Aven, les galets roulés de la Vallée du Rhône ou les marnes grises de la Vallée d’Alba, tout ici n’est que diversité. On trouve aussi bien du pinot noir, du chardonnay et du gamay que du cabernet sauvignon, du merlot, de la clairette ou du viognier. Près de 70% du vignoble a ainsi été restructuré, c’est l’un des taux les plus importants en France. Ensuite, on a progressé en qualité via les innovations technologiques et l’implication plus poussée des vignerons, ajoute Ludovic Walbaum, président de la fédération des vignerons indépendants d’Ardèche. Et l’appel d’air du tourisme est un vrai plus commercialement parlant. On sent une attractivité, un frémissement même auprès des prescripteurs professionnels.

Vignerons Ardéchois, la locomotive qui vend 40 millions de bouteilles

Acteur majeur de cette dynamique ardéchoise, l’Union des Vignerons des Coteaux de l’Ardèche (UVICA) est un groupement de producteurs promoteurs de la marque “Vignerons Ardéchois” : 6000 hectares, 14 caves, 1000 vignerons, 60 millions de CA, 40 millions de bouteilles vendues chaque année. C’est effectivement la locomotive qui pousse les vins d’Ardèche vers le haut, poursuit Cyril Jacquin.

 Il est possible de déguster les cuvées des Vignerons Ardéchois au sein de l’Aven d’Orgnac, la grotte la plus spectaculaire d’Ardèche - Crédit : Yoann Palej
Il est possible de déguster les cuvées des Vignerons Ardéchois au sein de l’Aven d’Orgnac, la grotte la plus spectaculaire d’Ardèche - Crédit : Yoann Palej

L’œnotourisme s’est peu à peu ancré dans les usages des vignerons. Ici, on accueille les bras ouverts et avec Neovinum, on est désormais bien armés !
Situé à Ruoms, le vaisseau amiral des Vignerons Ardéchois est un vaste espace dédié à la vigne, au vin et à la dégustation. On y déguste, on y travaille ses sensations de façon interactive, on y découvre toute l’histoire de la viticulture ardéchoise (le fameux Plan Brunel !) et on peut y faire ses emplettes dans un caveau de plus de 300m².
On a également créé notre propre domaine, Terra Noé, sur Rochecolombe, via une société coopérative d’intérêt collectif, pour en faire un lieu emblématique du savoir-faire ardéchois, ajoute-t-il.

La force, c’est aussi de savoir créer une synergie entre sites naturelles et activité économique. 10 000 bouteilles des Vignerons Ardéchois sont élevées à 50m sous terre au sein de l’Aven d’Orgnac, la grotte la plus spectaculaire d’Ardèche. Aujourd’hui, il est possible de vivre une expérience à couper le souffle en dégustant ces vins élevés sous terre à 20 000 pieds sous terre, s’enthousiasme le président de l’association 2000 vins d’Ardèche.

Les Côtes du Vivarais et l’AOP Côtes du Rhône Saint-Andéol au sommet

Mais l’Ardèche, c’est aussi un ensemble de petites caves particulières qui surfent sur la positive attitude. Le domaine de Cassagnole, situé à Casteljau autour des Gorges du Chassezac, est tenu par Audrey Biscarat et son frère Simon. Quand on sort de la région, on voit bien que les gens n’associent pas forcément l’Ardèche au vin mais dès qu’ils goûtent, ils sont surpris de la qualité et du prix, résumé la jeune vigneronne. Car ici le rapport qualité-prix n’est pas un gros mot, c’est plutôt un signe extérieur de richesse.

Le Domaine de Cassagnole au cœur des gorges du Chassezac - Crédit : Yoann Palej
Le Domaine de Cassagnole au cœur des gorges du Chassezac - Crédit : Yoann Palej

Plus au nord, sur l’appellation prometteuse mais confidentielle des Côtes du Vivarais (250 ha), Nathalie Soboul, vigneronne au domaine du Père Léon, veut casser certains clichés : On associe déjà assez peu les crus septentrionaux comme Cornas ou St Joseph à l’Ardèche alors que c’est le cas. L’éducation au vin prend du temps et c’est en faisant venir les touristes dans nos domaines que l’on pourra faire bouger les lignes. Stéphane Dupré du domaine de Vigier prolonge : On a déjà bien avancé en adossant la destination « Ardèche aux vins, ce qui a créé un vrai engouement collectif. Finalement, peu importe qui mène la locomotive, l’important c’est de prendre le bon wagon. » Au domaine de la Croix Blanche, on a pris le TGV Côtes du Rhône avec un arrêt aux villages Saint-Andéol (l’AOP a été reconnue en 2017 autour de 4 communes) : On est à la croisée des Côtes du Rhône méridional et septentrional avec une vraie appartenance à la famille ardéchoise, conclut Guillaume Archambault, le vigneron. On est un peu le petit cru du Sud Ardèche.

Les Vins d’Ardèche comprennent aussi les Côtes du Rhône et notamment l’appellation Villages Saint-Andéol représentée ici par le Domaine de la Croix Blanche - Crédit : Yoann Palej
Les Vins d’Ardèche comprennent aussi les Côtes du Rhône et notamment l’appellation Villages Saint-Andéol représentée ici par le Domaine de la Croix Blanche - Crédit : Yoann Palej

Toutlevin a (particulièrement) aimé...

•La Paluche 2021 du domaine du Père Léon / AOP Côtes du Vivarais (18,5)
•Pierre des Granges 2022 du domaine de la Croix Blanche / AOP CdR blanc (18)
•Cuvée REZ 2020 de la cave de Saint-Remèze / AOP Côtes du Vivarais (17,5)
•Terra Helvorum 2020 des Vignerons Ardéchois / IGP Ardèche (17,5)
•De grès et de force 2019 du domaine les Terriers / AOP Côtes du Vivarais (17)
•Cuvée Grotte Chauvet 2020 des Vignerons Ardéchois / AOP Côtes du Vivarais (17)
•Chatus 2020 de la Cave de Lablachère / IGP Ardèche (16,5)
•Per El 2022 du domaine Saladin / AOP CdR blanc (16,5)
•Rosé 2022 du Domaine de Colombier / IGP Ardèche Rosé (16)

Visuel de couverture : les vignes du Sud Ardèche - Crédit : Vins d’Ardèche

Publié , par Yoann Palej