Coopératives vinicoles : force ou faiblesse ?

Coopératives vinicoles : force ou faiblesse ?

Les caves coopératives vinicoles sont le premier producteur de vin en France, et pourtant, leur organisation n’est pas bien connue et leur image pas toujours à la hauteur. Comment fonctionnent-elles ? Pourquoi l’union fait-elle la force ? Pourquoi certaines y laissent des plumes ? Comment les réhabiliter ?

Comment fonctionne une cave coopérative vinicole ?

Les viticultrices et viticulteurs cultivent la vigne, vendangent le fruit de leur travail, puis l’apportent dans une cave coopérative qui se charge de l’élaboration du vin et de sa commercialisation.

Une cave vinicole est en fait un regroupement de producteurs, d’une aire géographique donnée, qui s’associent, mettent en commun leur production afin de la transformer et de la valoriser.

Dans ce système coopératif, la cave appartient à ses adhérents, qui se partagent les bénéfices de la vente du vin. Les axes stratégiques sont définis par l’ensemble des membres qui élisent un conseil d’administration. Ils sont décisionnaires de façon égalitaire, ils possèdent en général les mêmes droits indépendamment de leur poids économique (1 personne = 1 voix).
C’est ainsi un bel exemple d’économie solidaire qui s’inscrit parfaitement dans la démarche d’agriculture durable.

Pourquoi l’union fait-elle la force ?

Parce que la mutualisation des moyens et des compétences permet des économies d’échelle et des synergies de savoir-faire.

Les caves peuvent ainsi s’équiper d’outils de vinifications performants, avoir une force commerciale significative afin de répondre à des marchés conséquents (grande distribution, export), communiquer d’une même voix afin de défendre leurs vins et leurs terroirs.

Elles ont aussi une mission d’accompagnement de leurs adhérents, d’information et de formation, dans une filière qui est en constante évolution et qui demande de fortes capacités d’adaptation sur des sujets techniques, règlementaires, environnementaux...

Pourquoi certaines y laissent des plumes ?

Le Languedoc-Roussillon a été le bastion du mouvement coopératif viticole français, l’une des premières caves a été fondée en 1901 à Maraussan dans l’Hérault. Jean Jaurès en personne a même visité le chantier des Vignerons Libres, louant cette démarche d’action collective, le vin de la révolution sociale, dont la devise digne des Trois Mousquetaires Tous pour un, un pour tous est encore inscrite sur la façade de l’édifice.

Leurs constructions ont été initiées au début du XXème siècle, puis se sont développées dans les années 30-50, en réponse à un marché du vin florissant nécessitant de s’organiser afin de répondre à la demande et de tirer son épingle du jeu.

Suite à plusieurs crises successives, surproduction, distillations obligatoires, arrachages massifs en Languedoc-Roussillon (lire notre article Les points forts du vignoble du Languedoc), et afin de tenir tête aux négociants, autres acteurs majeurs de la filière, devenus des géants suite à des concentrations d’envergure, les coopératives se sont elles aussi regroupées en unions.
Les difficultés de ces dernières années (taxe Trump, Covid-19, accidents climatiques, flambée des coûts de revient) ne font qu’accentuer ce phénomène.

Les coopés, comme on les surnommait avec affection, étaient, et sont encore, des lieux emblématiques des villages, au même titre que les églises, écoles, mairies. Ces édifices majestueux, aux façades imposantes, véritables œuvres architecturales, n’ont malheureusement pas tous survécu à ces mutations économiques.
Même si ces bâtiments de tailles conséquentes, avec leurs cuves béton, ne sont pas faciles à reconvertir, on ne peut que s’offusquer que d’autres projets ne soient pas étudiés et mis en œuvre afin d’éviter leur démolition.

Comment les réhabiliter ?

Quelque unes d’entre elles sont protégées suite à leur inscription au titre des Monuments Historiques, comme la façade de la cave de Mauraussan, qui n’est aujourd’hui plus un site de production mais le siège des Vignerons du Pays d’Ensérune. Une union importante de caves, pesant 3000 hectares de vignes, qui n’a pourtant pas tenu ses promesses en démolissant cette année la cave coopérative de Capestang au profit d’un promoteur immobilier. Idem à Béziers (34), ville autoproclamée Capitale mondiale du vin, qui n’a pas su conserver le témoin de son âge d’or viticole.

Hôtel du Domaine Riberach - Crédit photo Audrey Martinez (La WINEista)
Hôtel du Domaine Riberach - Crédit photo Audrey Martinez (La WINEista)

Heureusement que d’autres visions respectent ces témoins de l’histoire et de l’identité régionale ; La cave coopérative d’Allègre Les Fumades (30) a été transformée en Maison de L’eau, un bâtiment administratif et touristique. Celle de Bélesta (66) abrite le Domaine Riberach, son superbe hôtel, ou on peut même dormir dans les anciennes cuves, et son restaurant gastronomique. Une Maison des Jeunes et de la Culture à Mauguio (34), des logements sociaux et une bibliothèque à Saint-Martin-de-Londres (34), un complexe œnologique et une auberge de jeunesse à Loupian (34), un pôle socioculturel à Saint-Marcel-sur-Aude (11), des appartements d’hôtes, gites et une galerie d’art à Lecques (30)...

Il ne manque pas d’idées afin de réhabiliter les caves coopératives vinicoles d’antan !

Photo de couverture : les caves de L'Estabel à Cabrières (34) - Crédit photo : Audrey Martinez (La WINEista)

Si vous avez aimé ce sujet, lisez aussi La révolution des caves coopératives et Pourquoi les caves coopératives ont le vent en poupe ?

Publié , par La WINEista