Ils ont tout plaqué pour devenir vignerons

Ils ont tout plaqué pour devenir vignerons

Réinventer sa vie professionnelle après avoir exercé un tout autre métier ? C’est le pari un peu fou relevé par ces trois néo-vignerons aux trajectoires singulières. Du Beaujolais à la Provence, en passant le Languedoc, tous ont réalisé un rêve : produire leur propre vin dans un vignoble cousu main. Témoignages.

Je suis parti avec un fantasme parisien de vivre au milieu des vignes

Hervé Paillard et son fils Thibaud ont restructuré le vignoble du Clos Mirages en Provence - Crédit photo : @Clos Mirages
Hervé Paillard et son fils Thibaud ont restructuré le vignoble du Clos Mirages en Provence - Crédit photo : @Clos Mirages

Hervé Paillard, un varois d’origine qui a passé sa jeunesse dans les vignes, était loin d’imaginer qu’un jour il serait à la tête de son propre vignoble. C’était un luxe que je pensais totalement inaccessible !, ajoute-t-il. Architecte à Paris, et collectionneur de voitures, c’est à l’occasion d’un salon automobile qu’il entend parler d’un domaine viticole à l’abandon à vendre. Sur un coup de tête, il visite la propriété isolée au cœur du Massif des Maures, à La Môle. Je suis parti avec un fantasme parisien de vivre au milieu des vignes, je ne mesurais pas les implications et je n’avais aucun business plan. C’était un rêve familial et résidentiel. Et, lorsque j’ai vu cette maison ancienne à reconstruire, c’est ma fibre d’architecte qui s’est d’abord exprimée, explique Hervé Paillard. Très vite, Cécile et Hervé vendent leur appartement parisien et mettent un pied dans l’engrenage. On a compris que la vigne n’était pas qu’un jardin autour de la propriété. Alors, on a décidé de restructurer le vignoble de 7 hectares, raconte-t-il. Palissage, complantation, taille, réfection des clôtures… En 2020, le couple retrousse ses manches et constitue une équipe. Pour produire du vin, il fait appel à l’expertise de l’œnologue Yann Chereci avec l’objectif de créer un rosé gastronomique. Son rosé Clos Mirages 2021, produit à 12 000 bouteilles, est déjà présent chez les étoilés. L’objectif d’Hervé, désormais épaulé par son fils Thibaud, devenu co-gérant du domaine familial : produire un vin rouge au profil de Bandol.

Domaine Clos Mirages 2631 Chemin de St Marc 83310 La Môle Tél. 0610811000 www.closmirages.fr

"Des salles de spectacles aux vignes du Beaujolais"

À terme, Julien Frappa voudrait agrandir sa surface viticole à 2,5 hectares - Crédit photo : @Julien Frappa
À terme, Julien Frappa voudrait agrandir sa surface viticole à 2,5 hectares - Crédit photo : @Julien Frappa

Son micro domaine d’1,5 hectares, Julien Frappa l’a baptisé en clin d’œil au poème de Jean Richepin et à la chanson de Georges Brassens. Je ne suis pas issu d’une famille de vignerons, j’ai exercé un tout autre métier avant. C’est pourquoi, le nom de mon domaine évoque la liberté, la prise de risque des oiseaux migrateurs, de ceux qui partent à l’aventure, quitte à y rester, explique le néo-vigneron. Après une carrière dans le milieu culturel en tant qu’administrateur pour une compagnie de danse puis programmateur au Musées des Confluences à Lyon, il quitte son poste en 2022. En 2014, j’ai trouvé une maison dans le beaujolais et je cherchais à cultiver un bout de vigne. J’ai fait un stage chez Eric Janin à Moulin à vent, puis chez Philippe Viet. J’ai loué une parcelle et je me suis lancé, raconte Julien. Passé des salles de spectacle à la vigne, cet autodidacte a fait preuve d’audace. Comme dans le milieu culturel, faire du vin fait appel à de nombreuses compétences ! Et les vendanges puis les vinifications, c’est un peu comme un grand spectacle pour moi, se réjouit-il. Julien Frappa travaille ses petites parcelles de 30-40 ares de manière artisanale, avec une charrue tirée par un tracteur ou un cheval. Il a une approche de la vinification peu interventionniste et élève ses vins en tonneaux ou en jarres. Son Morgon du terroir de Corcelette, plutôt fruité, s’épanouit sur des arômes de bonbon anglais. Son Beaujolais-Leynes, vinifié à la bourguignonne, se caractérise par des arômes de fraise et de foin. Et son Côte de Brouilly, complexe et structuré, fait la part belle aux fruits noirs !

L’Oiseau de Passage 1905 route des crus du Beaujolais 71570 Saint-Amour-Bellevue Tél. 06 52 77 76 84

J’ai créé mon domaine grâce au financement participatif

Maxence a pu créer un domaine de 6 hectares grâce au financement participatif -  Crédit Photo : @Maxence Panchau
Maxence a pu créer un domaine de 6 hectares grâce au financement participatif - Crédit Photo : @Maxence Panchau

Fils de vigneron, Maxence Panchau a toujours été passionné par le vin. En 2017, après 15 années à travailler dans l’industrie comme chef de projet, il décide de s’installer sur l’appellation Pic Saint-Loup. Grâce à un projet de financement participatif, il acquiert 6 hectares de vignes. Les deux groupements fonciers viticoles rassemblent chacun 116 co-propriétaires qui ont des parts dans ces structures qui détiennent les vignes. Moi je les ai en fermage et je rémunère mes associés en vin, explique Maxence. En 2020, le jeune homme reprend les vignes de son père et fait fusionner les deux entités sous le nom : Domaine Cammaous et Caussarelle. Je suis né ici, je suis amoureux de mon vignoble et de ma région qui est un territoire d’avenir. J’aime m’extasier sur sa beauté quand je rentre de vacances, explique le vigneron. Soucieux de comprendre et d’accompagner la vigne, Maxence a aussi une démarche peu interventionniste en cave. Il produit deux vins blancs, un rosé et quatre rouges, dont la cuvée 116. C’est un clin d’œil aux 116 premiers associés du domaine et aussi à la parcelle la plus élevée. Il s’agit d’un assemblage de 50% de syrah et de 50% de grenache. Un vin structuré, dont une partie est vinifiée en barriques, termine le vigneron au parcours inspirant.

Domaine Cammaous et Caussarelle 14 chemin des Cammaous 34270 Vacquières Tél. 06 75 94 20 13 domainecammaousetcaussarelle.fr

Publié , par Romy Ducoulombier