Les hivers froids sont-ils bons pour la vigne ?

Les hivers froids sont-ils bons pour la vigne ?

Lorsque nous parlons d’hiver, nous avons souvent en tête ces magnifiques paysages de vignes recouvertes par un beau manteau neigeux. Alors que l’automne a laissé place à l’hiver, les ceps entrent en dormance et attendent patiemment le printemps. Toutefois, comment ces derniers résistent-ils aux températures glaciales dans les vignobles les plus septentrionaux ?

Dormance, un repos bien mérité

La vie d’un cep de vigne est rythmé par les saisons. Il va passer par différents stades de développement appelés stades phénologiques. Bien que sa période végétative durant les beaux jours semble être le théâtre de tous les évènements essentiels, l’hiver a pourtant un rôle primordial à jouer.
Après les vendanges, les températures déclinent et les jours raccourcissent, opérant des changements radicaux au niveau de la vigne : c’est l’automne. Les feuilles ne sont plus irriguées par la sève et ne peuvent plus synthétiser la chlorophylle, responsable de leur couleur verte. Elles se parent progressivement de belles teintes jaunes et rouges avant d’abandonner définitivement leur cep aux aléas de l’hiver. La vigne entre alors en dormance pour un repos bien mérité. Mais pour qui ? La vigne ou le vigneron ? Après une saison de dur labeur, finalisée par des vendanges éreintantes, c’est l’occasion pour le vigneron de se concentrer sur la vinification et l’élevage de ses vins. Quand à la vigne, bien qu’endormie en apparence, elle prépare déjà ses prochains bourgeons.

Vive le froid d’hiver

Printemps sec, été chaud, automne humide et hiver… froid, voir très froid. Voila ce que l’on peut souhaiter à nos chers vignobles. Car des saisons bien marquées sont la clé d’une belle année.
Grâce au froid, la sève descend dans les racines de la plante et laisse le cep vide de toute substance qui pourrait geler et le faire éclater.
Le froid de l’hiver a également toute son importance vis à vis des maladies. Les températures négatives permettent de détruire les foyers de mildiou et d’oïdium et ainsi retarder leur apparition au printemps. Le vigneron pourra alors limiter ses traitements et ses interventions : un gain de temps, et surtout un bon point pour l’environnement !
L’hiver présente encore un bel atout, celui de décompacter le sol et de limiter l’érosion. L’eau contenue dans la terre gèle, et les micro-glaçons ainsi formés la font éclater. Plus tard, en fondant, l’eau réhumidifie le sol lentement et devient disponible au besoin.
Pendant ce temps, à l’intérieur du cep, les futurs bougeons se forment. Ils seront les garants de la prochaine récolte. De récentes études montrent en effet que les hivers doux ont un impact négatif sur la fertilité des bourgeons et la qualité de la future récolte. Les longues et fraîches périodes hivernales ont encore de beaux jours devant elles !

Et les températures extrêmes ?

Si aujourd’hui les plus grands vignobles sont implantés dans des zones tempérées, ce n’est pas par hasard. Les températures extrêmes et la vigne ne font pas bon ménage. À partir de -15 degrés, le cep risque fortement de voir son bois éclater. Les plaies générées deviennent alors la porte ouverte à certaines maladies comme l’esca. Le cas est régulièrement rencontré en Russie où les températures hivernales sont très souvent inférieures à -10 degrés.
A l’inverse, dans les zones subtropicales comme en Polynésie française sur l’atoll de Rangiroa, les vignes donnent plusieurs récoltes par an. Car en l’absence d’hiver, la vigne n’entre jamais en dormance. Les vignerons doivent user de subterfuges, comme la taille, pour leurrer la vigne et éviter que celle-ci ne produise plus de deux récoltes par an. En effet, ces vignobles périssent prématurément et leurs raisins peuvent être de moins bonne qualité.

Le gel de printemps

D’accord pour du froid en hiver, mais gare au gel de printemps. Une fois les bourgeons de sortie, la vigne devient vulnérable au froid. Les jeunes extrémités sont sensibles à des températures de -4 degrés voir -2 degrés quand l’humidité est forte. Dans ce cas, le gel peut détruire toute une récolte, ce qui s’est malheureusement produit cette année 2021 dans tous les vignobles français.
Pour retarder le bourgeonnement de la vigne, le vigneron peut anticiper et tailler plutôt à la sortie de l’hiver ou au tout début du printemps. Malheureusement, cela ne suffit pas toujours. Les nuits de gels, différents moyens de luttes permettent de limiter les dégâts comme les chaufferettes, les asperseurs d’eau ou le brassage de l’air. Pour l’heure, aucune solution n’est miraculeuse et les pertes restent importantes.

Sortez donc vos écharpes et vos gants, les hivers froids sont essentiels au bon déroulement du cycle de vie de la vigne. Reste à appréhender le réchauffement climatique, qui aujourd’hui, pose d’autres interrogations quand à la survie de nos vignobles face aux dérèglement des saisons. Nos vignerons ont encore du pain sur la planche !

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Publié , par Cécilia Galaret