Les vins de l’état de New York

Les vins de l’état de New York

Plus besoin d’aller jusqu’en Californie pour déguster la production viticole américaine : l’est des Etats-Unis produit de grands vins, est un véritable terrain de jeu pour les vignerons américains et européens, et une transition parfaite pour les œnophiles du vieux continent vers le nouveau.

Un état multi-facettes

Troisième producteur américain derrière la Californie et l’état de Washington, l’état de New-York est grand et s’étend bien au-delà de l’océan Atlantique, pour aller jusqu’à la frontière canadienne au nord et à l’ouest (du sud-est de Montréal jusqu’à Toronto, en suivant les bords du lac Ontario).
Sur une telle surface, les climats sont variés. L’état compte 4 principales régions viticoles :
- Finger Lakes, au nord-ouest de l’état et frontalière du Canada
- Lake Erie, la plus à l’ouest
- Hudson river au nord de New-York
- Long Island, lieu de villégiature new-yorkaise avec ses célèbres Hamptons, à deux heures de route de Big Apple, plein est.
Chacune bénéficie d’une AVA (American Viticultural Area), équivalent français de l’AOP.

Les Finger Lakes et Lake Erie

Dès 1850, la viticulture s’épanouit dans ces deux appellations proches des lacs (Ontario pour les Finger Lakes), malgré les températures hivernales parfois glaciales dans cette partie de l’Amérique du nord, grâce au lake effect : les lacs conservent la chaleur estivale en hiver, réchauffant l’air froid descendant des reliefs avoisinants. A l’inverse, au printemps, l’eau devenue froide retarde le bourgeonnement jusqu’à ce que danger mordant du gel soit passé.

Riesling, chardonnay, cabernet franc y sont cultivés, ainsi que des hybrides comme le vidal ou le concord (issus de croisements entre vignes américaines comme la vitis labrusca, et de vignes européennes, les vitis vinifera, implantées aux Etats-Unis afin d’améliorer la qualité des vins produits à l’origine ; les colons européens n’étant pas très convaincus par les variétés locales…).
Le vignoble Keuka Springs offre un bel exemple de riesling nord-américain, ainsi que des cuvées issues des cépages vignoles ou blaufränkisch, inconnus au bataillon européen.

La Vallée de l’Hudson

L’AVA Hudson River s’enorgueillit d’avoir le plus ancien domaine des Etats-Unis, Brotherhood Winery, fondée en 1839.
La vallée de l’Hudson agit comme un conduit, faisant remonter l’air océanique le long de ses doux reliefs, favorables à la culture de plusieurs cépages, comme le cabernet franc ou l’hybride baco noir.
Dotée d’une longue tradition agricole, la vallée de l’Hudson compte de nombreuses fermes en agriculture biologique, de producteurs de fromage, des restaurants réputés auprès des Américains (comme par exemple le BackBar à Hudson) et bien sûr des vignobles.

Le domaine Wolffer
Le domaine Wolffer

Cap sur Long Island

Plus réputée pour les Hamptons (à l’est de l’île), haut lieu de villégiature new-yorkaise, Long Island est sans doute la région viticole qui a le plus prospéré ces dernières décennies.
Qualifiée de Bordelais de New-York, elle en partage quelques caractéristiques, notamment le climat océanique, et donc une grande partie de l’encépagement.

La liberté de créer et d’assembler tout en révélant le terroir est grande, comme en témoigne Roman Roth, vigneron au domaine Wolffer (fondé en 1988 et conduit dans l’équivalent de nos certifications bio) situé à Sag Harbor. Allemand installé aux Etats-Unis depuis 30 ans, il aime particulièrement cette région, qui se situe non seulement entre l’Europe et la Californie sur la carte, mais aussi du point de vue des profils de vins. Nous pouvons cultiver de nombreux cépages ici, notamment le merlot, cabernet franc, riesling, sauvignon blanc et d’autres, et produisons des vins élégants et équilibrés, dotés d’une belle acidité, avec moins d’alcool que les californiens.

Roman Roth, vigneron au domaine Wolffer
Roman Roth, vigneron au domaine Wolffer

La sortie du tunnel pour nos vignobles qui ne pouvaient (et ne voulaient) pas être en compétition avec les vins californiens est venue de certains sommeliers français à New-York, chez Daniel (Boulud), Jean-Georges ou Lespinasse, ces restaurants où tout le monde voulait aller, et qui ont aimé et acheté nos vins avant tout le monde, dans les années 90. Et cela a été incroyablement motivant pour réaliser des vins différents du goût habituel des américains, mais fidèles à nos terroirs.
Long Island a un climat favorable, on ne craint pas le gel, nous avons un bel ensoleillement, la seule menace ici ce sont les ouragans, la dernière fois Aida n’est pas passée loin !

Les défis et nouveaux projets se sont depuis enchaînés pour Roman et le Wolffer Estate, avec des vignes en Argentine et en Provence, et la production de cidres mais aussi de rosés, dont Roman est particulièrement fier. Sa cuvée Summer in a bottle a atteint des records de vente, et selon lui, le rosé est génial car il est polyvalent : à l’heure de l’apéritif comme lors d’un dîner, le rosé s’adapte. Je l’apprécie particulièrement avec les huîtres et le homard, ou le crab cake.

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Pour nous, ce fut aussi un coup de cœur pour la cuvée Fatalis Fatum (merlot, cabernet franc et sauvignon, petit verdot) pour sa puissance toute en fraîcheur, et le Perle Chardonnay, avec ce côté chardonnay du nouveau monde gras et boisé mais équilibré par une belle acidité et beaucoup d’élégance.

La diversité des vins américains n’en a pas fini de surprendre et de séduire.

Crédit photos : @Wolffer estate

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Publié , par Pauline Gonnet
Mise à jour effectuée