Lolita Chevreau : une sommelière entre passion et spontanéité

Lolita Chevreau : une sommelière entre passion et spontanéité

Pas besoin de sortir du sérail pour être sommelière.
La restauration évolue, ses codes et ses pratiques bougent, laissant ainsi la place pour que s’expriment des passions n’ayant pas suivi un chemin traditionnel, hors des sentiers balisés par les étoiles des restaurants gastronomiques.
Ainsi en va-t-il de Lolita Chevreau, sommelière de 24 ans, dont l’instinct et la passion l’ont menée sur la bonne voie : aucun diplôme en sommellerie, mais déjà des connaissances et des compétences impressionnantes, reconnues par le Gault et Millau qui lui a décerné le prix du Sommelier Auvergne-Rhône-Alpes de l’année lors du Gault et Millau Tour 2022.

Lolita Chevreau
Lolita Chevreau

L’expression d’une passion

Avoir du nez résume le parcours de Lolita.
D’abord parce qu’il l’a guidée au sens propre, puisque c’est à la parfumerie qu’elle se destinait. Au sens figuré ensuite, puisqu’elle a eu l’intuition de se tourner vers des établissements qui ont contribué à lui confirmer son goût pour le vin et le service, comme d’abord au Frenchy à Paris, qui lui a donné sa chance alors qu’elle n’avait aucun diplôme mais une motivation bien marquée, ou au restaurant Les Apothicaires à Lyon (une étoile Michelin, mené par Ludovic et Tabata Mey, demi-finaliste de la saison 3 de top Chef). Puis à Regain, depuis mai 2021, à Lyon.
A la traditionnelle question de où se voit-elle dans cinq ans, et dans dix ans, dans les deux cas la réponse englobe évidemment quelque part autour du vin et du service, avec un rapprochement progressif vers la nature. Soit d’abord dans une grande ville pour rester encore dans la restauration, pour ensuite gérer son propre établissement d’hôtes dans une dizaine d’années, et pourquoi pas devenir vigneronne d’ici vingt ans ?

L’appel des sens

Elle répond à la cuisine du chef Benjamin Sanchez de Regain par une carte des vins qui joue uniquement la palette des couleurs, pas des appellations, mélangeant vins français, étrangers, nature, bio, conventionnels, tant qu’ils sont vibrants et qu’ils dégagent de l’énergie.
La dégustation intuitive est une approche qui lui correspond parfaitement, où on entre en contact avec le vin avant tout par l’émotion qu’il procure, avec toute la subjectivité que cela implique, et c’est bien là le but.
Tout comme la dégustation géo-sensorielle, où l’on essaie de deviner si le vin nous parle du lieu dont il provient, s’il parle la langue de son terroir.

Lolita Chevreau
Lolita Chevreau

Portrait chinois

Si tu étais un parfum ?

Il y a quelques années, j’aurais dit Coco Mademoiselle de Chanel, mais aujourd’hui je suis totalement fidèle à Fleur de Peau, de Diptyque.
Mais j’ai aussi un gros faible pour Déclaration de Cartier, et l’Eau d’écorce d’orange verte d’Hermès.

Si tu étais une cuvée coup de cœur ?

Je n’oublierai jamais ma première cuvée coup de cœur, qui fut l’une des premières émotions que j’ai eue avec le vin, Ikebana, du domaine Zelige Caravent en AOP Pic Saint Loup. C’était il y a au moins six ans, je n’en ai jamais rebu depuis, mais le souvenir reste intact.

Si tu étais une appellation ?

J’adore l’appellation Jurançon, sur les vins secs. La cuvée Comète du Clos de la Royat, ça, c’est vibrant !

A quel vin penses-tu pour une dégustation en couple ?

J’aime les bulles ! Alors je dirais la cuvée Bistrotage B-10 de Françoise Martinot, en Champagne.

A quel vin penses-tu pour une dégustation entre amis ?

Je sais que parler de rosé peut provoquer des réactions pas toujours très heureuses (et surtout pas toujours très justifiées), mais je dirais un bon rosé aromatique comme la cuvée Calanques du domaine Terres des Nus, en Provence.

Si tu étais une saveur ?

Sans hésiter, l’Umami ! Cette saveur est incroyable, je trouve cette sensation de salinité dingue, et elle est à la fois excitante et réconfortante. Ca caresse le palais, et en même temps ça attise la curiosité. A ce sujet, j’adore les livres de Ryoko Sekigashi qui a beaucoup écrit sur les saveurs et la gastronomie, ou plus récemment le podcast Saveurs Savantes de François-Régis Gaudry.

La curiosité de Lolita l’emmènera dès la fin du mois de septembre 2022 à Marseille, où elle compte s’installer pour un temps.
Probablement pour entamer le chapitre des cinq ans à venir, en attendant de savoir où le tourbillon des saveurs l’emmènera plus tard.
Une fille à suivre, quoi qu’il arrive.

Publié , par Pauline Gonnet