Pépiniériste viticole : à la découverte d'un métier

Pépiniériste viticole : à la découverte d'un métier

A l'approche de la soixantaine, certains pensent à la retraite. Pas Jean-Pierre Bouillac, pépiniériste et vigneron dans le vignoble bordelais. Rencontre avec ce passionnant passionné et explications en ombres chinoises des ficelles de sa profession

La pépinière coule dans mes veines. Ce n'est pas peu de le dire. Jean-Pierre Bouillac est né en 1960, année d'acquisition par ses parents de la pépinière du Vieux Puit, à Reignac de Blaye, aux confins du vignoble charentais. Déjà adolescent, le jeune homme est fasciné par ce métier de pépiniériste, premier maillon de la chaîne viticole, qui consiste à greffer et multiplier des plants de vigne pour les commercialiser ensuite auprès de domaines. Il apprend le savoir-faire sur le terrain auprès de ses parents, tout en le complétant d'un bagage technique, grâce à une formation en viticulture-œnologie à Sauternes. De cours en stages au sein de pépinières et exploitations viticoles, et bien sûr au quotidien dans l'entreprise familiale, il affirme sa vocation et se prend au jeu de la viticulture, entrapercevant la grande complémentarité entre les deux métiers. Je me suis dit que c'était très important de cerner toute la problématique de la viticulture, de la culture de la vigne à la vinification, de mesurer ce que peuvent procurer certains portes-greffes et cépages, pour conseiller au mieux les vignerons et savoir de quoi on parle en tant que pépiniériste expose-t-il. Dans cette optique, après s'être lancé en 1983 dans l'activité de pépiniériste viticole, à seulement 23 ans, il acquiert peu à peu des vignes jusqu'à recenser aujourd'hui également une centaine d'hectares de vignobles.

Passion : pépiniériste viticole

Dans notre métier, on est aux racines du vin, explique le pépiniériste. J'aime l'idée de donner la vie, de créer du vivant à partir de deux morceaux de bois. A tous les stades de la multiplication, c'est du bonheur !

En quoi consiste exactement le métier qui captive tant Jean-Pierre Bouillac depuis 37 ans ? La profession est née au XIXe siècle, suite à la crise du phylloxéra, maladie causée par un puceron microscopique importé d'Amérique, qui s'attaque aux racines de la vigne, et a causé l'anéantissement de l'espèce vinifera présente en France. Pour perpétuer la viticulture dans l'Hexagone, a été trouvée la parade de l'hybridation, pratiquée par les pépiniéristes viticoles. La technique est la suivante : un greffon de l'espèce vinifera, qui donnera les feuilles et les fruits, est greffé sur les racines de vignes d'un porte-greffe américain, plus résistant au puceron. Aujourd'hui, à quelques exceptions près, la quasi-totalité du vignoble français est greffée.

Le greffage, œuvre de patience

La création du plant de vigne, voué à être mis en terre pour ensuite produire les raisins, est un travail de longue haleine, réalisé sur une année au fil d'un cycle végétatif. A la base de tout, qu'il le produise lui-même ou l'achète à d'autres professionnels, le pépiniériste utilise un matériel végétal agréé (porte-greffe et vignes-mères des greffons). Durant l'hiver, lorsque la plante est en dormance et que la sève ne circule pas, les greffons sont prélevés, puis assemblés avec les porte-greffes au début du printemps. Une machine emporte-pièce enlève un petit morceau du porte-greffe, taille de la même manière le greffon, puis emboîte les deux parties décrit Jean-Pierre Bouillac.

Pour parachever cette union et donner vie à la plante nouvellement née, unie au niveau d'un cal, des conditions spécifiques de température et d'hygrométrie sont nécessaires, afin que la sève circule à nouveau et qu'un bourgeon apparaisse. En mai, les boutures, pour l'heure dénuées de racines et de toute végétation, sont plantées en terre. Avec les bons soins du pépiniériste (entretien, irrigation, traitements...), ces boutures se développent jusqu'à devenir plan de vigne. En novembre, aux premières gelées, lorsque ce plan perd ses feuilles, il est arraché de terre, la qualité de son système racinaire et de sa soudure sont contrôlés. Les plans défectueux sont éliminés, seuls ceux certifiés de premier choix sont retenus. Ils sont paraffinés pour les protéger, conditionnés par paquets dans des sacs ou cartons, puis stockés dans une chambre froide pour les maintenir en hibernation. Ces plans sont prêts à être livrés au viticulteur en vue de plantations ou remplacements.