Quels sont les grands styles de vins rosés ?

Quels sont les grands styles de vins rosés ?

Secs et fruités en Provence, tendres et légèrement sucrés dans le Val de Loire, plus foncés et structurés à Tavel… A l’instar des autres couleurs, les vins rosés dévoilent de multiples facettes selon leur région d’origine et leur mode de vinification. Délicats à élaborer, ils forment des alliances surprenantes avec les mets.

La qualité, et la perception du vin rosé, ont bien évolué en quelques décennies. Autrefois cantonné à une dégustation estivale - souvent apéritive - il s’est frayé un chemin à table et en caves, avec une capacité à vieillir plusieurs années (pour les rosés de garde). Les raisons d’une telle évolution ? Depuis le virage technologique amorcé dans les années 1990, et au cours des années 2000, les vignerons ont réalisé des progrès colossaux pour faire évoluer la qualité de leurs rosés, explique Gilles Masson, le directeur du Centre de recherche et d’expérimentation sur le vin rosé. Tracté par une Provence fédérée autour de cette couleur, le marché du rosé s’est structuré, a trouvé son public en France et à l’export, avec des cuvées toujours plus fines et singulières. Premier producteur de rosé AOP au monde, la région a imposé son style, celui du rosé clair et aromatique. Et cela, sans éclipser les autres typicités de rosés qui font la renommée de leurs régions de production, comme la Champagne, le Val de Loire ou le sud de la Vallée du Rhône.

Comment produit-on un vin rosé ?

Qu’il s’agisse de pressurage direct ou de macération pelliculaire, on peut utiliser la même technique de vinification en Vallée du Rhône, dans le Languedoc et en Provence. Mais, à l’instar des vins rouges et blancs, le rosé ne présentera pas le même profil selon son encépagement et son terroir, rappelle l’œnologue conseil Chrystelle Gourrin (Provence œnologie).

L’évolution du rosé au cours de la fermentation alcoolique en cuve
L’évolution du rosé au cours de la fermentation alcoolique en cuve

La saignée, une méthode qui consiste à soutirer, après une macération de quelques heures, une partie des jus en contact avec les pellicules, est de moins en moins utilisée en Provence. C’est une méthode qui était répandue jadis et selon laquelle, lorsque la couleur et les caractéristiques gustatives souhaitées dans les jus sont au rendez-vous, on saigne la cuve – on l’écoule – pour récupérer la partie liquide qui va être débourbée puis fermenter, ajoute l’œnologue. Cette méthode donne généralement des rosés structurés, à la robe intense, différents de ceux que l’on peut globalement déguster en Provence.

Pour obtenir des rosés lumineux, dans l’air du temps, on utilise plutôt la méthode du pressurage direct. Les grappes, entières ou éraflées, sont directement pressées sans forcément passer par la case macération. On récupère les cœurs de jus sans altérer les pellicules, le plus délicatement possible. Mais cette technicité exige un travail de précision pour déterminer le moment idéal de séparation des jus de goutte et de presse, note C. Gourrin.
Utilisation de pressoirs pneumatiques, maîtrise du froid, pour limiter les phénomènes oxydatifs et microbiens…

La vinification du rosé est un exercice périlleux. La régulation des températures est très importante et exige une maîtrise savante. Une fois la fermentation terminée, les vins seront rapidement soutirés pour limiter les déviations microbiologiques et organoleptiques. Les élevages sur lies seront plus ou moins longs selon la date de commercialisation, très précoce dans l’année, complète Chrystelle Gourrin. Quant aux rosés de niche, ils sont fréquemment vinifiés en barriques, en amphores ou en jarres.

Quelques exemples de styles de rosés

Ce qui définit les rosés de Provence

Pour Gilles Masson, le rosé de Provence au style bien identifié : se caractérise par sa robe claire et lumineuse aux teintes pêche, litchi ou rose nacré et ses arômes à la palette riche : fruits jaunes, zeste d’agrumes ou fruits exotiques, de la rondeur et du gras relevés par une belle acidité.

Le rosé de Provence à la robe pâle - Crédit : François Millo - CIVP
Le rosé de Provence à la robe pâle - Crédit : François Millo - CIVP

Le rosé de Provence se distingue par sa gourmandise et sa fraîcheur. C’est un vin d’une grande fluidité, qui n’est ni tannique, ni astringent.

Rosé d’Anjou, Cabernet d’Anjou, tendres et frais

Le rosé d’Anjou, vedette du vignoble angevin, et le Cabernet d’Anjou, l’unique vin d’AOP rosé tendre de France, sont les rosés emblématiques du Val de Loire.

Le cabernet d’Anjou, un rosé tendre aux accents fruités - Crédit : Benoit Martin
Le cabernet d’Anjou, un rosé tendre aux accents fruités - Crédit : Benoit Martin

Le Cabernet d’Anjou contient 20 à 25 g de sucres résiduels. A base de cabernet franc et de cabernet sauvignon, il se distingue par sa robe franche, aux reflets saumonés, qui tirent sur la pivoine ou le bois de rose. Son nez exhale des notes de petits fruits rouges et de bonbon anglais, tandis qu’en bouche il s’exprime sur la rondeur. Le Rosé d’Anjou, à la robe framboise, s’épanouit sur le même registre, avec plus d’acidité, car il ne contient que 12 g de sucres résiduels, et une fin de bouche aux notes mentholées, explique Valentin Chauviré, Président de la Commission Technique des Rosés de l’Anjou. Qualifiés de tendres, ces rosés de Loire à la robe soutenue affichent fraîcheur et équilibre.

Tavel, le cru inclassable à la personnalité tranchée

Reconnu en 1936, Tavel est un cru historique élaboré au sud de la Vallée du Rhône, sur 900 hectares. Cru de personnalité, on le compare souvent à un rouge léger. D’une couleur soutenue, c’est un rosé structuré, très long en bouche, que l’on apprécie toute l’année.

Le cru Tavel, un rosé inclassable qui s’accorde aisément avec les plats
Le cru Tavel, un rosé inclassable qui s’accorde aisément avec les plats
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Taillé pour la table, on le déguste en compagnie de plats méditerranéens, d’une cuisine asiatique ou épicée. A la marge des standards rosés, il peut évoluer de nombreuses années sur des arômes de fruits à noyaux compotés ou de pâte de coing.

Publié , par Romy Ducoulombier