Vins désalcoolisés, la nouvelle tendance ?

Vins désalcoolisés, la nouvelle tendance ?

A l’heure de la tendance healthy qui prône un nouveau modèle d’alimentation sain et équilibré avec moins de sucre et moins d’alcool, que va t-il advenir de nos chères bouteilles de vins ? On entend déjà parler de vins désalcoolisés. Que valent ces nouvelles boissons et peut-on encore parler de vins ?

En pratique

Pourquoi faudrait-il rechercher la maturité optimale d’un raisin pour ensuite abaisser le niveau d’alcool d’un vin ? Ils sont fous ces vignerons … et pourtant, cela s’explique (lire notre article Comment sait-on qu'un raisin est mûr ?)

En effet, la désalcoolisation d’un vin, quelle soit totale ou partielle est une pratique tout à fait autorisée. Elle donne la possibilité au vigneron de diminuer le degré alcoolique de son vin pour, par exemple, rechercher un meilleur équilibre lorsque les années chaudes s’en mêlent.
A l’heure du réchauffement climatique, les vignobles du sud de la France peinent à ne pas dépasser 15 % vol. ces dernières années et en abaissant de 1 à 2 % le degré d’alcool d’un vin, on peut retrouver un bien meilleur équilibre gustatif.

Mais la désalcoolisation permet aussi de satisfaire un marché naissant qu’est celui des boissons sans alcool, avec de plus en plus de consommateurs à la recherche d’un équilibre entre plaisir et santé, notamment à travers des boissons contenant moins ou pas du tout d’alcool.

En cave, le vinificateur dispose de plusieurs procédés pour abaisser le degré de son vin comme la distillation ou l’osmose inverse. Ces techniques qui altéraient autrefois le goût font largement leur preuve aujourd’hui.

A chacun sa méthode, mais que nous dit la réglementation ?

Vin or not vin ?

Tout récemment, l’Union Européenne a officialisé les termes : vins désalcoolisés et vins partiellement désalcoolisé dans le cadre de sa nouvelle Politique Agricole Commune (aussi appelée PAC). Qu’est-ce que cela veut dire concrètement ?

Il est bon de rappeler que jusqu’ici, le mot vin ne pouvait être utilisé pour des bouteilles dont le degré alcoolique était inférieur à 8,5 %. On parlait de boissons à base de vin.
En pratique, à partir de 2023, on pourra étiqueter vin désalcoolisé une bouteille dont le degré sera inférieur à 0,5 % d’alcool et vin partiellement désalcoolisé une bouteille dont le degré sera compris entre 0,5 % et 8,5 % d’alcool (uniquement pour des vins sans indication protégée) .
Pourquoi ce changement dans les textes ? Avec la lutte contre la consommation excessive d’alcool engagée par le gouvernement et la croissance des ventes des boissons sans alcool, certains vignerons se sont déjà lancés sur ce nouveau marché prometteur en produisant des vins désalcoolisés. Ils réclamaient la possibilité d’utiliser le terme vin pour ces nouveaux produits afin que le consommateur puisse mieux identifier les bouteilles comme c’est déjà le cas pour la bière… c’est chose faite !

Qu’en pensent les dégustateurs ?

Le vin, un savant mélange entre sucrosité, tanins, acidité… mais sans alcool, difficile d’imaginer que l’équilibre sera préservé. Alors on a testé pour vous et voilà ce qu’il en ressort :

Les nuances sont identiques, à l’œil, vous n’y verrez que du feu.
Au nez, les aromatiques sont explosives, très fruitées et laissent présager de belles découvertes.
En bouche, … ça pêche ! En effet, sur certaines cuvées, l’absence d’alcool amène une perte de structure indéniable qui à tendance à exacerber l’acidité. Pour compenser ce déséquilibre, les producteurs ajoutent parfois du sucre afin de gagner en sucrosité et en rondeur et gommer cette vivacité trop présente. On retrouve alors de meilleures sensations en bouche.

Qu’on se le dise, les vins désalcoolisés doivent être dégustés en tant que produit à part entière. Les comparer avec leurs homologues alcoolisés n’est pas chose aisée.

La désalcoolisation fonctionne parfaitement avec certains cépages comme les chardonnay, muscat, cabernet, merlot. Ces vins sans alcool, à petits prix, tirent largement leur épingle du jeu et sont agréables à boire. Ce n’est pas forcement le cas de toutes les variétés comme les pinots noirs et autres cépages rouges peu tanniques qui apparaissent souvent maigres et vifs.

Ces produits sont quoiqu’il en soit sur la bonne voie avec des avancées quotidiennes qui ne manquent pas et qui leurs permettront de trouver leur public.

Un marché en plein boom

C’est très clair, le marché des Nolow pour no alcohol, low alcohol qui répondent à des questions de santé, d’hygiène et de religion, est en plein boom. Certes, ces nouvelles boissons intéressent les consommateurs qui ne boivent que du sans alcool mais aussi les consommateurs de boissons alcoolisés qui ont envie de bousculer leurs habitudes dans une démarche de consommer mieux.

Difficile encore de trouver des chiffres officiels mais selon une étude de marché de la compagnie allemande Fact.mr, le marché mondial des vins Nolow pourrait croître de 10 % par an jusqu’en 2031.
D’autres boissons pourraient également se démocratiser comme les non fermentés. Ce sont des boissons à base de moût de raisins non fermenté qui garantissent 0 % d’alcool et qui n’ont pas besoin de passer par l’étape de désalcoolisation. La marque Petit Béret propose déjà ce type de boisson et exporte dans plus de 41 pays. Des boissons élaborées à partir de jus de muscat, de viognier ou encore de bourboulenc sont proposées.

Ces petits nouveaux sur le marché du vin restent toutefois un sujet de débat pour les producteurs et les consommateurs, notamment pour les puristes du vin traditionnel qui est, pour eux, indissociable de l’alcool.

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Publié , par Cécilia Galaret