Apollinaire, le vin des poètes

Apollinaire, le vin des poètes

Né en 1880 à Rome, Guillaume Apollinaire s’installe à Paris avec sa mère en 1900 et écrit, très vite, des articles et des poèmes dans des journaux pour gagner sa vie. En 1907, il crée un mensuel dont il est rédacteur en chef, Le festin d'Ésope, revue des belles lettres. Puis il rencontre Marie Laurencin, avec laquelle il entretient une relation chaotique pendant plusieurs années et Pablo Picasso.

Il expérimente la pratique du calligramme des poèmes écrits en forme de dessins et non de forme classique en vers et strophes.
Il soutient des artistes d’avant-garde notamment du cubisme et de l'orphisme et devient un ami proche de Picasso, peintre sculpteur, à l’honneur de l’exposition “l’effervescence des formes” à la Cité du Vin de Bordeaux, qui illustrera la première page de son recueil Alcools.
Il participe en tant que poète et théoricien à développer l'Esprit nouveau.
Précurseur du surréalisme, il en forge le nom dans son drame Les Mamelles de Tirésias. Il fréquente Paul Eluard et Louis Aragon.

Il publie des livres érotiques où il met en avant l’ivresse des sens. Il signera également la préface d’un recueil des écrits du Marquis de Sade dont il apprécie la vision de la femme.
Le marquis de Sade, cet esprit le plus libre qui ait encore existé, avait sur la femme des idées particulières et la voulait aussi libre que l'homme. Ces idées, que l'on dégagera quelque jour, ont donné naissance à un double roman : Justine et Juliette. Ce n'est pas au hasard que le marquis a choisi des héroïnes et non pas des héros. Justine, c'est l'ancienne femme, asservie, misérable et moins qu'humaine ; Juliette au contraire représente la femme nouvelle qu'il entrevoyait, un être dont on n'a pas encore idée, qui se dégage de l'humanité, qui aura des ailes et qui renouvellera l'univers.

En 1913, il publie Alcools, recueil de poèmes composés entre 1898 et 1913. Intitulé “Eau de vie”, il n’en gardera la formule que dans le 1er poème du recueil Zone :
“et tu bois cet alcool brûlant comme ta vie
ta vie que tu bois comme une eau de vie”

Si on écoute le son de ses mots, on entend également “ôde à la vie”.

Le vin d'Alcools diffère du "vin du solitaire" de Baudelaire, c’est en ceci qu'il célèbre la vie. Il s'agit d'une sobriété lyrique, créatrice et positive. Mais ce recueil est une véritable passerelle entre la modernisation des codes poétiques mise en avant par Apollinaire mais aussi ses références à la tradition lyrique et biblique ainsi que l'influence d'auteurs clés comme Verlaine ou Baudelaire.

"Je suis ivre d’avoir bu tout l’univers. Sur le quai d’où je voyais l’onde couler et dormir les bélandres..." : boire l’univers dans un verre de vin.

Apollinaire aime créer, toujours réinventer ses mots et ses techniques, il recherche l’excès dans ses écrits. Cette ivresse créative se retrouve dans ce besoin d’expression abondante.
Mon verre s’est brisé comme un éclat de rire : le mot ‘verre’ évoque le ‘vers’ du poète.

Avec son hérédité russo-polonaise Guillaume Apollinaire avoue en 1904 dans une lettre à son ami James Onimus :
Je suis fort abruti depuis quelque temps car je dors assez rarement, passant la plupart de mes nuits avec Jarry, Boès, Paul Fort et d'autres bougres d'un calibre propre à absorber des boissons variées comme stout, cocktails carabinés, etc.
Des verres qu’ils partagent au café de Versailles ou au café-restaurant Weber au cœur d’un Paris populaire. Plus adepte de la bière, Guillaume est tout de même grand amateur de vins du Rhin, goût qu’il garde probablement de son voyage en Allemagne dans ses jeunes années de précepteur.
Inspirant de nombreux auteurs et compositeurs contemporains, il fera l’objet d’adaptation en musique avec par exemple Le pont Mirabeau enregistré par Serge Reggiani, Léo Ferré et Marc Lavoine. Ce poème écrit suite à sa rupture avec Marie Laurencin est encore aujourd’hui un classique. Apollinaire demeure un poète et écrivain français, critique et théoricien d'art les plus connus et reconnus.

Pablo Picasso fera plusieurs propositions d’œuvres pour embellir la dernière demeure de son ami Guillaume Apollinaire mort en 1918. Mais c’est le peintre Serge Férat, ami intime de l’artiste qui concevra le monument funéraire de la tombe de Guillaume Apollinaire sous la forme d’un menhir, qui est visible au cimetière du Père Lachaise à Paris.

Notez que le recueil Alcools était au programme du Bac de Français 2022 par la question Modernité poétique ?.

Publié , par Lydie - Les P'tea Potes
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