Bio ou pas, on en parle ?

Bio ou pas, on en parle ?

Tracté par la demande de plus en plus forte des consommateurs, le marché du vin bio explose ! Qu’ils soient certifiés bio, en conversion ou tout simplement hors label, les vignerons ont accepté de nous exposer leurs points de vue sur la mouvance bio et leurs raisons d’y adhérer, ou pas.
Opinions croisées.

La tentation du label bio

Sur la période 2012-2019, le marché du vin bio a affiché une santé de fer avec un taux de croissance annuel moyen de 28% (Sources : Millésime Bio/SudVinBio).
En 2021, la France consommera deux fois plus de vin bio qu’en 2013 et en 2023, notre pays aura le 2ème plus grand vignoble bio du monde. Pour suivre le rythme, les vignerons sont nombreux à prendre le virage de la conversion (ils étaient 888 à s’engager en 2018). Même si, pour beaucoup d’entre eux, c’est une opportunité marketing, mieux vaut que ça aille dans ce sens plutôt que l’inverse, affirme Marine Roussel du Domaine du Joncier, à Tavel.

Or, l’obtention du label bio se fait au terme d’un parcours exigeant qui mobilise 3 ans de conversion. Une période au cours de laquelle toutes les règles bios doivent être appliquées à la propriété. C’est-à-dire ? Aucun produit de synthèse, pas d’OGM, ni d’herbicides à la vigne et des teneurs en sulfites réduites à la cave. Et ce n’est qu’au bout de la deuxième année que cette démarche peut être valorisée par les vignerons…

Gaëtan Hawadier - Directeur Marketing et Achats à Estandon Vignerons
Gaëtan Hawadier - Directeur Marketing et Achats à Estandon Vignerons

Ainsi, pour préparer ses clients, Estandon Coopérative en Provence a décidé de placer le logo CAB produit en conversion vers l’agriculture biologique sur sa cuvée Saint Louis de Provence, AOP Coteaux varois en Provence, vendue en grande distribution. Cela permet d’indiquer qu’il se passe quelque chose sur le produit, ça éveille nos clients et encourage nos vignerons, explique Gaëtan Hawadier, le directeur marketing. La coopérative qui vise la conversion en bio d’au moins 25% de sa production d’ici 2021 a aussi fait le choix de mieux rémunérer ses viticulteurs bios – environ +15 à 20% - afin de les encourager dans cette voie plus responsable.

Une prise de risque pour les vignerons

Périlleux pour la récolte, plus coûteux, le passage au bio nécessite d’avoir les reins solides. On sent la pression autour de nous, on sait que l’AB est un phénomène qui ne s’arrêtera plus qui va devenir la norme, explique Sébastien Vincenti. A Mazan, au pied du Mont Ventoux où son Domaine de Fondrèche est situé, il note que le bio provoque un élan collectif. Pourtant l’aspect financier met un sérieux coup de frein. Le travail mécanique du sol, le nombre de passages, les produits préventifs… font flamber l’addition, explique-t-il.

Les chais du Domaine de Fondrèche
Les chais du Domaine de Fondrèche

Une opinion que partage Antoine Pirié, le directeur général de la Bastide de Blacailloux : De plus, le besoin en main d’œuvre est accru et le risque de perdre une partie de sa récolte les mauvaises années est bien réel.

La Bastide de Blacailloux
La Bastide de Blacailloux
Antoine Pirié, directeur général de la Bastide de Blacailloux
Antoine Pirié, directeur général de la Bastide de Blacailloux

Sur la petite appellation des Baux-de-Provence, Christian Nief, du Mas Sainte-Berthe, fait de la résistance. Sur les dix domaines que recense l’AOC, je suis le seul et l’unique à ne pas avoir le label, explique-t-il. Un irréductible ? Christian le reconnaît mais l’explique, en partie, du fait de sa position géographique. Le Mas Sainte Berthe est situé en zone 1 de traitement obligatoire lié à la flavescence dorée et le Pyrévert - l’insecticide naturel autorisé en bio pour lutter contre ce fléau - n’est pas suffisant pour mes vignes. Même s’il est à la marge de son appellation, Christian Nief a entrepris de nombreux changements raisonnés depuis sont arrivée, il y a 38 ans, aux commandes d’un vignoble en chimie intégrale. Je ne désherbe plus depuis 3 ans, j’utilise des produits naturels, je sulfite à doses homéopathiques. Par contre, je me réserve la possibilité d’intervenir avec des produits pénétrants en cas de maladie, termine-t-il.

Il faudrait que mon banquier soit bio

Dans la région des Graves, au Château de Cérons, Xavier et Caroline Perromat sont en mouvement vers le zéro impact, zéro résidu depuis 6 années. Epaulés par des ingénieurs et des œnologues, ils constatent que leurs efforts sont récompensés par plus de biodiversité et une meilleure qualité dans leurs cuvées. Depuis 2016, nos rouges ont des tanins plus précis, un fruit persistant et des notes jamais repérées auparavant, explique Caroline.

Xavier et Caroline Perromat du Château de Cérons
Xavier et Caroline Perromat du Château de Cérons

Quant à la question de la conversion au bio ? Nos vignes sont prêtes car elles n’ont pas vu la chimie depuis 6 ans. Mais moi j’ai encore des freins avec notre climat. Il faudrait que mon banquier soit bio !, s’amuse la vigneronne.

Bio, vers une nouvelle norme de base ?

Installée dans la commune de Cérons, la jolie Chartreuse de Caroline et Xavier est entourée de vignes. On a 3 hectares en plein milieu du village et une crèche de 40 bébés sous nos fenêtres. C’est pourquoi il capital que nos pratiques soient responsables, explique Caroline.

Cette conscience verte, Estandon Vignerons la partage également. 2000 hectares au compteur, c’est beaucoup. L’agriculture biologique, c’est presque un devoir. Car nous savons, qu’à notre échelle, notre politique a de vraies conséquences sur le territoire, complète Gaëtan Hawadier.

Qu’ils soient labellisés ou non, les vignerons sont unanimes. La démarche bio, la réflexion raisonnée, doivent plus que jamais devenir la norme.

Bio et mieux

Converti après avoir constaté une amélioration sur ses vins et la santé de ses vignes, Sébastien Vincenti a pourtant décidé de ne pas fonder sa communication sur le label.

Sébastien Vincenti
Sébastien Vincenti

Ce n’est pas parce qu’un vin est bio qu’il est meilleur. Il faut rester humble, le chemin à parcourir pour se rapprocher de l’environnement est encore long. On doit progresser sur l’usage des engins mécaniques qui consomment du carburant. Le doses de cuivre autorisées doivent également continuer de baisser car à chaque lessivage, le cuivre - un métal lourd - se retrouve dans les sols et ce n’est pas terrible, constate et souhaite le vigneron qui est persuadé que le bio est sur le point de se réinventer…

Publié , par Romy Ducoulombier
Mise à jour effectuée