Bordeaux : les Primeurs 2019 par Bernard Burtschy

Bordeaux : les Primeurs 2019 par Bernard Burtschy

Avec la semaine traditionnelle de la présentation des primeurs occultée par un confinement dont on ne savait pas à l’époque qu’il s’agissait que du premier, il n’est pas sûr que l’histoire retienne les qualités intrinsèques du millésime, qui pourtant n’en manque pas. Mais à coup sûr, le millésime marquera un coup d’arrêt à la fois tant sur les pratiques viticoles que sur les prix.

Mais revenons d’abord aux fondamentaux du millésime, car c’est ce qui restera finalement dans la bouteille, tout comme la terrible crise de 1929 n’a pas occulté la formidable qualité des vins. Certes, le millésime 2019 ne s’inscrit pas dans les pas de 1929, loin de là.

Premier défaut dans la cuirasse de 2019, la floraison qui a eu lieu vers le 4 juin, date normale. Elle se déroule avec un temps pluvieux et frais, ce qui la ralentit. Cet étalement sur deux semaines (au lieu d’une en général) occasionne un peu de coulure et de millerandage. La récolte potentielle est légèrement réduite, mais surtout, sur la même grappe, la maturation sera plus hétérogène. L’expérience montre que, malgré des pratiques viticoles adaptées, il est impossible de rattraper cet acte manqué, mais tout de même, nous ne sommes pas dans les conditions difficiles du 2013 qui ne s’en est pas remis.

La fin juin voit des températures caniculaires, mais les réserves hydriques dans les sols sont bonnes et la vigne ne souffre pas. Le mois de juillet est du même acabit avec fermeture de la grappe vers la mi-juillet. Selon les endroits, des orages permettent de desserrer quelque peu la contrainte hydrique. La véraison, autre date clé, se déroule vers le début août, mais lentement. Certaines parcelles ne changent de couleur que vers la fin du mois.

Le début de septembre est frais, mais le mois en général est sec, chaud et ensoleillé, ce qui permettra une belle maturation des raisins rouges et les remettra en ordre de bataille. À ce stade, les raisins blancs ont déjà été vendangés avec un été chaud et sec, ce qui ne sont pas les conditions les plus parfaites pour un grand millésime de vin blanc. Néanmoins, de manière surprenante, ils possèdent une bonne acidité, du moins ceux qui n’ont pas subi de stress hydrique, mais ils n’égalent pas la qualité des 2017 ni des 2014. Les degrés alcooliques sont comparables à ceux de 2018 (environ 13,7), mais avec presque deux grammes d’acidité en moins (5 g/l au lieu de 7 g/l).

Les vins liquoreux étaient plus à la peine, car comme souvent avec le beau temps, la pourriture noble tardait à venir et la pourriture acide était très présente en raison de pluies supérieures à la normale dans la région. Le meilleur a été ramassé entre le 10 et le 14 octobre avec des rendements faibles.

Du côté des vins rouges, les merlots se sont ramassés une dizaine de jours plus tard qu’en 2018 avec des baies un peu plus petites, mais aussi avec plus de sucre, d’où des niveaux d’alcool souvent élevés. Une pluie opportune vers le 20 septembre a permis de débloquer la maturation du cabernet-sauvignon, d’où une belle réussite dans le Médoc.

En fin de compte, pour les vins rouges, le millésime 2019 est un beau millésime, supérieur à 2017 et évidemment à 2013, dans un style très classique. Les vins toutefois n’atteignent pas la densité ni l’opulence des remarquables 2018, ni la belle concentration des 2016 pour la rive gauche ou des 2015 pour la rive droite. Mais il faut nuancer ce propos en tenant compte des réussites individuelles en particulier dans les terroirs profonds.

Avec un marché mondial difficile en raison de la pandémie, les prix sont en retrait. L’achat est d’autant plus envisageable que la demande est relativement faible, la spéculation calmée et que le millésime 2020 pointe son nez. Des opportunités sont à saisir et seront à saisir dans les deux prochaines années. En particulier, il ne faut pas rater les formidables vins de Pauillac qui est l’appellation la plus réussie en 2019, mais le Médoc en général n’est pas en reste.

Lisez l'ensemble de nos articles sur les Primeurs 2019 :
- L’appellation Pauillac : le cœur de la réussite des 2019
- L’appellation Saint-Julien : homogène, comme d’habitude
- L’appellation Saint-Estèphe, cabernet-sauvignon et merlot au top de leur maturité
- Barsac et Sauternes : les vins blancs secs et les liquoreux
- L’appellation Margaux : un exercice de styles

Publié , par Bernard Burtschy