Changement climatique, quels impacts sur la vigne et le vin de demain ?

Changement climatique, quels impacts sur la vigne et le vin de demain ?

La filière vigne et vin n’en est pas à son premier rebondissement ! Phylloxéra, loi Evin, interdiction ou limitation de produits phytosanitaires, concurrence avec les vins du nouveau monde, taxe Trump, pandémie de covid-19... Elle a su montrer, au fil des décennies, qu’elle avait la capacité à s’adapter aux contraintes réglementaires, techniques, crises économiques et sanitaires. Comment réagit-elle face aux impacts du changement climatique ? Comment seront les vignes et les vins de demain ?

Changement climatique, des cahiers des charges plus "flexibles"

Les vigneronnes et vignerons doivent respecter des cahiers des charges, particulièrement dans les vignobles AOP, afin d’assurer la qualité et la typicité des vins qu’ils produisent. Dans un contexte de changement climatique, l’une des deux composantes majeures de la notion de terroir, à savoir le climat, est chamboulée.

Comment s’adapter sans perdre son identité ? C’est là où le bât blesse et où les discussions vont bon train notamment au sein de l’INAO (Institut national de l'origine et de la qualité).

Le changement climatique devrait se traduire par une diminution de l’eau disponible dans le sol, le vaste débat au sujet de l’irrigation de la vigne étant incontestablement remis sur le tapis ! La réglementation doit évoluer afin d’être plus flexible, avec une autorisation plus tardive, plus proche de la récolte (voir notre article Pour ou contre l’irrigation de la vigne ?).

De même, les stratégies culturales doivent changer afin de pallier l’augmentation des températures moyennes et de limiter les besoins en eau de la plante : effeuillage raisonné, pose de filets d’ombrage, enherbement maîtrisé...

Des cépages plus exotiques

L’adaptation du matériel végétal est sans aucun doute le levier d’action le plus déterminant afin de s’acclimater et ainsi de limiter les modifications organoleptiques des vins augmentation du degré alcoolique, baisse de l’acidité, changement des profils aromatiques et polyphénoliques.

La liste des cépages inscrits au Catalogue officiel, pouvant être cultivés en France, ainsi que ceux autorisés par les décrets d’appellations, doit donc être élargie.

Des cépages anciens, autochtones d’une région, sont ainsi réhabilités comme l’Œillade, le Terret ou le Ribeyrenc dans le Languedoc. Ces variétés tardives, plus résistantes à la sécheresse, donnant des vins moins alcoolisés peuvent répondre aux exigences imposées par le changement climatique.

De plus, il ne faudra pas hésiter à dépasser les frontières d’une appellation, voire même nationales, afin de tester de nouveaux cépages. Le vignoble bordelais a été novateur en la matière en intégrant six nouveaux cépages, à titre expérimental, dans le cahier des charges des AOP Bordeaux et Bordeaux supérieur dont le portugais Touriga Nacional et l’espagnol Alvarinho.

Des vins plus excentriques

Le changement climatique a exposé les vigneronnes et vignerons à une Dame Nature plus capricieuse. Ils ont dû faire face, ces dernières années, à des évènements extrêmes plus fréquents (canicules, périodes de sècheresse, pluies torrentielles, gel, grêle) renforçant l’influence de l’effet millésime. Les années se suivent mais ne se ressemblent pas, tout comme les vins.

Quand une vingtaine de cépages occupe 90 % des surfaces viticoles en France, on imagine aisément que la diversification des variétés va s’accompagner d’une pluralité des cuvées qui va ravir nos palais !

La filière vitivinicole doit absolument réduire son impact sur le changement climatique qui met en péril l’avenir de la planète et qui lui complique la vie. Cette remise en question aura au moins le mérite d’assouplir une profession parfois trop codifiée, et de faire évoluer les goûts et les couleurs...

Source

Stratégie de la filière Vin face au changement climatique, feuille de route du groupe national composé de : Jérôme Despey président du Conseil Spécialisé Vin de FranceAgriMer, Christian Paly président du Comité National AOC vin de l’INAO, Eric Paul président du Comité National IGP vin de l’INAO, Bernard Angelras président de l’IFV, Philippe Mauguin PDG d’INRAE, Marie Guittard directrice générale de l’INAO.

Publié , par La WINEista