La semaine des Primeurs : qu'est-ce que c'est ?

La semaine des Primeurs : qu'est-ce que c'est ?

Chaque année, au printemps, la sphère mondiale du vin a les yeux braqués sur Bordeaux. Le temps d’une semaine, cette année du lundi 26 au jeudi 29 avril, le millésime encore en cours d’élevage est présenté en avant-première aux professionnels. On vous dit tout sur cette tradition bordelaise

Les Primeurs, qu'est-ce que c'est ?

Un système de commercialisation caractéristique de Bordeaux qui consiste, pour les propriétés, à vendre par anticipation au négoce bordelais, au printemps suivant la récolte, des vins qui ne seront mis en bouteilles et en marché qu’une fois leur élevage fini, soit environ 18 à 24 mois plus tard.
Seuls les négociants qui ont obtenu des allocations de la part des propriétés, parfois avec l'intervention d'un intermédiaire (le courtier), peuvent obtenir des bouteilles. Ils les revendront ensuite aux acteurs de la distribution (restaurateurs, cavistes, sites de vente en ligne…), qui les commercialiseront eux-mêmes aux consommateurs.
Attention, malgré l'homonymie, ce système ne doit pas être confondu avec les vins primeurs, comme par exemple le Beaujolais nouveau, devant son nom au fait qu'il est mis en bouteille et commercialisé avant la vendange suivante.

Comment cette pratique est-elle née à Bordeaux ?

Dès le XVIIIème siècle, les négociants bordelais se rendaient dans les châteaux avant les vendanges pour estimer et acheter la récolte encore sur cep. Ce n'est qu'au début des années 1980 que le système a été initié dans sa forme actuelle, sous l'impulsion du Baron Philippe de Rothschild. A la tête du fameux 1er grand cru classé du Médoc Château Mouton Rothschild (Pauillac), il est le premier à avoir eu l'audace de faire déguster son millésime 1982, encore en cours d'élevage, dès le mois d’avril.
Peu à peu, ce procédé a été institutionnalisé comme une tradition annuelle.

Comment le système des Primeurs fonctionne-t-il ?

Avant la survenue de l'épidémie de Coronavirus, les professionnels du vin (acheteurs, courtiers, négociants, cavistes, journalistes, critiques…) convergeaient des quatre coins de la planète vers Bordeaux. Ils se rendaient sur les domaines ou dans différents lieux autour de Bordeaux, pour déguster des échantillons du millésime, se forgeant ainsi une idée sur sa qualité globale. Les acheteurs prévoient alors leurs achats, la presse et les critiques du monde du vin notent les vins. Une fois la semaine achevée, les premiers prix de mise en marché sont annoncés par les propriétés, tenant compte de la qualité du millésime, de l'offre et de la demande, et de ces notations. L'annonce des prix peut se poursuivre durant environ deux mois.

Les Primeurs concernent-ils tous les châteaux bordelais ?

Emmené par l’Union des Grands Crus de Bordeaux, organisateur de l'événement, ce système ne concerne au sens strict que 200 étiquettes, dont une large majorité de grand crus, soit une infime part du vignoble bordelais. Mais si historiquement, seuls ces grands crus participaient à cette semaine, depuis quelques années, profitant du coup de projecteur sur Bordeaux, nombre de domaines se sont appropriés le concept, pour faire découvrir le millésime et communiquer autour de leurs vins. Ils peuvent proposer à titre individuel des dégustations sur la propriété ou se regrouper par affinités (par appellation, par groupements comme les Crus Bourgeois, les vins de l'association Le Grand Cercle des Vins de Bordeaux, les vignerons bio, ou l'ensemble des vins conseillés par un consultant…)
D'autres châteaux ont quant à eux pris le contre-pied du système des Primeurs, en le quittant. C'est par exemple le cas du 1er grand cru classé du Médoc (Pauillac) Château Latour. Depuis le millésime 2012, il ne propose ses vins à la vente que lorsqu'ils sont prêts à boire. Il a ainsi repris le contrôle de la fixation des prix du millésime de ses vins.

Quels sont les intérêts de ce système des Primeurs ?

Quoique régulièrement critiqués, si les Primeurs perdurent, c'est que ce système présente bien des avantages pour les acteurs qui y prennent part. Par cette vente anticipée, la propriété s'assure une avance de trésorerie utile pour financer l'élevage des vins, la récolte suivante, mais aussi d'éventuels investissements. La visibilité est aussi accrue par les retombées presse de cette semaine incontournable. Par cette pré-réservation, le négoce paie quant à lui le vin moins cher que s'il l'acquerrait livrable deux ans plus tard. Dans les millésimes qualitatifs, le vin pourra ensuite également être revendu avec une plus-value non-négligeable.

Pourquoi ce système est-il régulièrement critiqué ?

A partir des années 2000, sous l'influence de quelques critiques phares, au premier rang desquels l'Américain Robert Parker (Wine Advocate), dont les notes ont fait la pluie et le beau temps, une spéculation importante autour des crus classés a vu le jour. Certains ont atteint des prix stratosphériques, les rendant totalement inaccessibles pour la plupart des consommateurs, contribuant ainsi à entretenir, voire à accentuer le Bordeaux bashing.

La pertinence d'une dégustation si anticipée par rapport à l'embouteillage a aussi pu susciter des questionnements ; Les échantillons présentés sont-ils réellement représentatifs de la qualité finale du millésime après élevage ? La propriété ne choisit-elle pas exclusivement les lots les plus avantageux ? Par ailleurs, l'exercice est périlleux, supposant un palais aguerri aux dégustations Primeurs et un certain recul sur les millésimes antérieurs d'une propriété.

Les particuliers peuvent-ils participer à la semaine de Primeurs ?

Si cette manifestation est initialement réservée aux professionnels, certains châteaux profitent également de cette semaine pour vendre directement aux particuliers à tarifs préférentiels.

Comment se déroulent les Primeurs depuis la survenue du Coronavirus ?

Habituellement, les Primeurs ont lieu en mars-avril. Plus de 6000 visiteurs, dont 3000 étrangers originaires de destinations parfois très lointaines, viennent découvrir le millésime directement à Bordeaux. Déjà l'an dernier, l'Union des Grands Crus a adapté le format au contexte sanitaire. Les présentations pour les courtiers et négociants bordelais, ainsi que certains professionnels basés à Bordeaux, comme les journalistes, ont été étalées sur plusieurs jours, menées en petites sessions. Des dégustations ont aussi été organisées dans une quinzaine de grandes métropoles mondiales et des échantillons envoyés à quelques grandes publications spécialisées (Wine Spectator, Wine Advocate, James Suckling, Neal Martin, Antonio Galloni...)

Cette année, la semaine des Primeurs se tiendra du 26 au 29 avril à Bordeaux et dans neuf autres villes du monde, principaux marchés mondiaux de l'Union des Grands Crus (New-York, San-Francisco, Londres, Paris, Bruxelles, Zurich, Francfort, Shanghai, Hong-Kong). Ces dégustations pourraient être complétées de l'envoi d'échantillons au cas par cas.

Publié , par Laura Bernaulte