Entre tradition et modernité, une fratrie bouscule les codes

Entre tradition et modernité, une fratrie bouscule les codes

Visuel de couverture : le domaine de Viranel trônant sur la colline de Viranel

Ils sont la preuve vivante que l’on peut faire un métier exigeant sans se prendre trop au sérieux. Arnaud et Nicolas Bergasse, propriétaires du domaine de Viranel à Cessenon-sur-Orb (Hérault), allient sympathie, proximité et savoir-faire pour livrer des vins à l’identité marquée de leurs terres et de leurs caractères. Toutlevin a passé la journée au sein de l’exploitation familiale et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on n’a pas vu le temps passer. Extraits.

Nicolas et Arnaud Bergasse (de gauche à droite) sont à la tête de 50 ha sur Saint-Chinian
Nicolas et Arnaud Bergasse (de gauche à droite) sont à la tête de 50 ha sur Saint-Chinian

Ils sont jeunes, ils sont beaux et sentiraient presque le sable chaud. Malgré l’épisode de gel qui a quelque peu refroidi leur enthousiasme (80% de leurs vignes touchées), Arnaud et Nicolas Bergasse gardent le sourire. Ah enfin de la visite à Viranel !, s’enthousiasme Nono, le plus jeune des deux frères. Ce mardi 4 mai, l’accueil à Cessenon-sur-Orb est jovial, amical et le discours de Nico, le doyen, sans langue de bois : Vous savez, on ne se plaint pas même si c’est du jamais vu ce gel. Ici, on n’a pas démarré à poil et on n’a jamais eu le couteau sous la gorge. Pouvoir travailler dans ces conditions, ça n’a pas de prix !. C’est d’ailleurs lui qui a initié la reprise du domaine familial en 2003 après une école d’ingénieur agro à Toulouse et plusieurs escapades dans le monde (Californie, Afrique du Sud, Nouvelle-Zélande, Chili…). Son frère préférant tenter l’aventure dans le sport avant de rechausser les bottes.
Ils ont récupéré un navire loin de tanguer, vestige d’une gestion en bon père de famille de Gérard, le paternel, qui a initié le passage en bouteilles en 1987. Le domaine, perché sur les collines de Viranel sur le terroir de Saint-Chinian, trouve ses racines sur les vestiges d’une villa gallo-romaine et a vu défiler cinq siècles de vignerons.
Plus d'infos sur Saint-Chinian ici

Les sols équilibrés, c’est la clef du boulot !

Mais le duo à l’accent chantant a vite mis en place une nouvelle partition : leur partition. En se mettant au diapason d’une agriculture plus que raisonnée sur les 50 ha de la propriété (galets roulés, terrasses calcaires et crès). Moi je suis un instinctif, je fonce, parfois un peu trop, reconnaît Arnaud. Nico, c’est un penseur, il est précis et technique, il réfléchit beaucoup plus et voit loin, la stratégie globale c’est lui qui l’a mise en place. Un vrai chef d’orchestre ? Plutôt un mentor, ose même le jeune frère, un exemple pour moi !.

Ensemble, ils ont notamment redoublé d’efforts pour ne pas épuiser les sols, pour leur donner un équilibre salvateur dans le maintien de la biodiversité. On n’a pas eu besoin de se forcer pour le passage en HVE car on avait déjà tout mis en place depuis longtemps, au moins une trentaine d’années. Mais on ne court pas après les labels, on aime juste voir la nature épanouie, confirme Nicolas.

Un minimum de désherbant, beaucoup de travail mécanique, moins de labour, la couverture du sol avec des graminées et l’emploi systématique d’engrais organiques et d’un compost maison font partie du quotidien. Les sols équilibrés, c’est la clef du boulot, analyse Arnaud en nous montrant l’aire de compostage où s’entassent marc et matières sèches pendant deux ans avant réutilisation. Tout ce que la vigne a exporté du sol, on le réintroduit après compostage, on a donc des sols hyper équilibrés. On aime ce cercle vertueux, ça nous ressemble bien !, poursuit Nicolas à deux pas d’une parcelle d’altitude protégée de garrigue.

Se différencier par des cépages oubliés comme l’Alicante Bouschet

Il a fallu aussi choyer certaines vignes, très anciennes, des Carignans de plus de 100 ans mais aussi et surtout ces vieux Alicante Bouschet, 80 ans sur le CV, qui étaient utilisés à haut rendement par le passé pour colorer et donner de l’acidité à des vins de pays. On avait envie de redorer ce cépage plutôt décrié même s’il est hors appellation, confirme Nicolas. On a donc divisé le rendement par dix et ça nous a vite donné des jus atypiques. Une nouvelle fois, on se rend compte qu’en prêtant une grande attention à un cépage, on peut le rendre attractif et qualitatif. Aujourd’hui, c’est grâce à lui que l’on fait la différence !

La cave
La cave
Il y a six ans, ils ont investi dans une cuverie top niveau
Il y a six ans, ils ont investi dans une cuverie top niveau

Il y aussi ce Viognier à la notoriété déjà affirmée et ce pari osé de conserver ces Cabernets. Les deux frères aiment travailler les cépages, une quinzaine en tout. Il y a six ans, les gros investissements dans la cuverie (cuvés béton hors sol et cuves inox pour blancs et rosés associées à une thermorégulation) ont permis d’affiner le profil des vins et de délivrer quelques pépites, de faire du sur-mesure comme la cuvée 1551 ou le V de Viranel. La gamme Intuition est le fil conducteur de la propriété grâce à une pérennité reconnue sur les millésimes. Mais il y aussi les gammes Pépite, Trilogie et Tradition. C’est un travail d’alchimiste, poursuit Nicolas, il faut de la précision, le sens du détail mais on a les reins solides.

On est un peu des Jackass mais sans la notoriété

En clair, si vous achetez du Viranel, vous achetez forcément du Nicolas et du Arnaud, clame la fratrie. Sur les réseaux sociaux, la doublette est très active avec des mises en scène sympathiques et drôles. On est un peu des Jackass (série des années 2000 qui mettait en scène des jeunes skateurs cascadeurs sans aucune limite) sans la notoriété, plaisante Arnaud. On veut surtout que cela reste spontané, fun et sympathique. La pédagogie est aussi importante pour cet ancien joueur de volley-ball qui veut faire passer un message : On veut montrer qu’on peut faire un travail sérieux sans forcément se prendre au sérieux ! Et le faire en famille alors ? Tu trouves du sens quand tu es utile, peu importe avec qui tu le fais, rétorque Arnaud qui compare le métier de vigneron à celui d’artiste, mais c’est quand même plus sympa de bosser en harmonie.

A deux pas de la maison familiale, accoudé à la cuverie, des gravats laissent entrevoir une construction. Un nouveau chai à barriques de 900m² est en train de voir le jour. C’est le dernier né de la famille Viranel, conclut Nicolas. On a besoin de liberté mais aussi de modernité pour conquérir de nouveaux marchés !

Pour voir leur page YouTube, cliquez !

Crédit photos : Viranel

Publié , par Yoann Palej