Qui est Pierre Fabre, le vigneron-artiste du Château de Gaure ?

Qui est Pierre Fabre, le vigneron-artiste du Château de Gaure ?

Après une première vie comme ingénieur entre la France et la Belgique, Pierre Fabre a retrouvé ses racines languedociennes en rachetant le Château de Gaure, à Rouffiac d’Aude, en 2004. Cet homme de passion, artiste au coup de pinceau (ré)créatif, a créé un environnement propice à l’inspiration et la tranquillité, en témoignent ses jus équilibrés entre richesse des raisins et minéralité du terroir. Toutlevin a passé 24 heures à ses côtés. En toute intimité.

Le Château de Gaure
Le Château de Gaure

C’est l’histoire d’une rencontre entre un château assoupi, Gaure, et un homme éveillé, Pierre Fabre, prêt à tout pour vivre son rêve après une carrière de chef d’entreprise à succès : J’ai suivi le chemin que ma maman m’avait tracé mais je voulais vivre cette vie de vigneron, comme mon papa jadis ! Un Pierre à l’édifice et un Fabre à la forge (nom de famille qui représente le nom du métier de forgeron en occitan) : la formule familiale est gagnante depuis 2004, date à laquelle l’ancien ingénieur a quitté la ville princière de Chimay (Belgique) pour ce lieu chargé d’histoires (Oppidum, chapelle, templier) que la poussière avait fini par anoblir : J’étais à la recherche d’un endroit susceptible de me raconter mon passé. Faire du vin oui, mais pas n’importe où !. Il ira bien sûr dans le Gard où son père a présidé, en son temps, la cave coopérative de Vic-le-Fesq mais c’est finalement chez le voisin audois qu’il trouvera château à son pied : Le Château de Gaure. Et quelle pointure !

J’avais envie de montrer que le Languedoc est un terroir incroyable mais je ne savais pas faire du vin !

Ce 1er mars 2021, l’accueil est chaleureux. Après être sorti d’une départementale sans saveur à Rouffiac d’Aude, la nature pullule le long d’un chemin où serpentent les premières vignes de Mauzac, cépage emblématique du Limouxin. Entre deux allées de platanes centenaires, et à côté de vieux tilleuls en fin de vie, le vigneron affiche un sourire curatif aux côtés de Thérèse et Benoît, un couple de belges qui tient la maison d’hôtes (2 chambres tout confort, une cuisine démentielle et un sourire perpétuel vous y attendent !) : Comment voulez-vous que je vous accueille autrement ? Je suis en plein rêve ! L’homme a eu un vrai coup de cœur pour cet écrin paisible entouré de cèdres du Liban et de pins parasols. En tout, 200 ha de forêts et de vignes où la biodiversité agit comme une arme de satisfaction massive. Simple et attentionné, le vigneron de 59 ans raconte son cheminement. J’avais envie de montrer que le Languedoc est un terroir incroyable mais je ne savais pas faire du vin !

Une parcelle de Mauzac sur les hauteurs de Campagne sur Aude
Une parcelle de Mauzac sur les hauteurs de Campagne sur Aude

L’ancien industriel doit repartir de zéro et profite alors de son passé rémunérateur pour investir. Marc Bertrand, son premier œnologue, et Jean-Armand Bloc, alchimiste de renom, l’aident à prendre la mesure du terroir et à se lancer dans une reconversion bio globale (AB dès 2005 puis en biodynamie depuis 2018). Les vins sont également travaillés avec très peu de sulfites. Pour faire de grands vins, il faut de superbes raisins et ça passe par un sol vivant, glisse-t-il. Faire du vin n'est pas du ressort de la chimie, mais une histoire entre la main de l’homme et la nature. Nous œuvrons pour la sauvegarde d’un patrimoine séculaire. Je veux y laisser une trace et je façonne Gaure avec le plus grand respect des terres et du patrimoine.

Limoux pour les blancs, la vallée de l’Agly pour les rouges

Ici, les conditions sont exceptionnelles (altitude, vent, soleil, sources d’eau) et l’ancien chef d’industrie a l’intelligence d’asseoir sa production sur deux terroirs : Limoux en Languedoc pour les blancs avec 21 ha répartis autour du château et aussi un ilot de 15 ha d’un seul tenant en altitude à Campagne sur Aude. Un terroir exceptionnel notamment sur les vieux Chenins, précise l’intéressé. Il en tire notamment une cuvée Alderica d’une finesse et d’une tension qui rappelle les grands blancs de la Loire qu’il aime tant.

Pour les rouges, c’est du côté de Latour-de-France en Roussillon que Pierre Fabre a jeté son dévolu. Au cœur de la vallée de l’Agly, nichées entre Méditerranée et montagnes, ces parcelles morcelées révèlent une mosaïque de terroirs unique. Il possède également une parcelle sur Tautavel, des schistes noirs qui donnent ses meilleurs Syrah. La cuvée hommage à son papa, décédé en 2009, Pour mon père (tanins souples, gourmandise, matière, attaque séduisante) est née dans ce vignoble à l’ensoleillement record, au rendement modéré et au raisin très qualitatif.

Pierre Fabre a investi dans des foudres de chez Stockinger, un tonnelier autrichien
Pierre Fabre a investi dans des foudres de chez Stockinger, un tonnelier autrichien

Le Japon raffole de ses vins naturels

En cave, les vinifications sont soignées grâce aux conseils avisés de Christian Lacassy, son œnologue depuis sept millésimes. Je crée mes vins à ma façon mais il m’a appris la précision et la justesse, ajoute le vigneron qui ne tarit pas d’éloges sur le travail de ses collègues languedociens Marlène Soria (Domaine Peyre Rose) ou Olivier Jullien (Mas Jullien). Tous ces grands vignerons ont un savoir-faire incroyable mais à un moment, ils ont investi dans du matériel haut de gamme, commente-t-il. Il y a deux ans, il prend la tangente autrichienne chez Stockinger et achète des foudres. Un éclair de génie : Ça ne boise pas, ça élève, ça magnifie, c’est incroyable !. Le résultat est salué à travers le monde, le Japon lui faisait déjà les yeux doux, désormais il est adoubé.

Le Château de Gaure se décline en trois gammes de deux cuvées
Le Château de Gaure se décline en trois gammes de deux cuvées

Quant aux tables étoilées, elles s’arrachent ses flacons. En France, il fait partie du très select Caves 41 à Nîmes qui recense les meilleurs domaines du Languedoc-Roussillon. Le patron, Philippe Puech, est d’ailleurs l’un de ses mentors : J’ai appris à déguster les vins grâce à lui et il est toujours de bon conseil, c’est une référence pour le jeune vigneron que je suis.

Au cœur de son orangeraie, Pierre Fabre laisse place à son imagination
Au cœur de son orangeraie, Pierre Fabre laisse place à son imagination

Un vigneron qui ne se contente pas de créer du vin. Pinceau à la main, il est aussi très prolifique : Je n’ai jamais appris mais je revois mon grand-père qui peignait avec les doigts…. Une émotion palpable qu’il condense dans ses tableaux au cœur de l’orangeraie, devenue son terrain de création préféré. Ce côté artiste, c’est comparable à faire un vin, un plat, un édifice, on crée et on inspire de l’émotion, poursuit-il. Des tableaux qui se retrouvent jusque sur les étiquettes de ses flacons.
Fan de haute montagne et de VTT, Pierre Fabre est aussi un sportif émérite qui ne craint pas grand-chose. Je n’ai peur que de la maladie, murmure-t-il après avoir évoqué le décès brutal de sa maman quand il avait 32 ans. Seul moment où son visage, si lumineux depuis 24 heures, se fermera. Le sourire reviendra lors d’une dégustation de vieux millésimes inoubliable…

Crédit photos : Pierre Fabre

Publié , par Yoann Palej